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MSD@ICASA - 4 DECEMBRE 2005
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Résumé conférence de presse

Media Briefing Summary
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Actualités

Plus de 10 000 personnes se sont réunies à Abuja, au Nigeria, pour la 14e Conférence internationale sur le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA), qui s'est tenue du 4 au 10 décembre 2005. MSD a joué un rôle majeur, en tant que l'un des principaux sponsors de la conférence 2005, qui fut elle-même marquée par de nouvelles initiatives visant à impliquer à la fois les secteurs public et privé dans les campagnes de distribution aux pays pauvres d'antirétroviraux permettant de prolonger l'espérance de vie des personnes séropositives.

La conférence a été l'occasion de souligner que le problème réside autant dans l'amélioration du système de distribution des soins en Afrique que dans l'obtention de fonds suffisants auprès de la communauté internationale et des pays africains eux-mêmes, pour financer l'effort massif à entreprendre.

MSD, qui a offert ses antirétroviraux aux pays pauvres à des prix sans profit, entreprend aujourd'hui d'intégrer plus d'entreprises dans du partenariats publics-privés afin d'intensifier la prévention, le traitement et les soins du VIH sur l'ensemble du continent africain. Ces partenariats ont pour objectif de rassembler les entreprises, le gouvernement, les ONG et les diverses agences dans la lutte contre un ennemi commun : le virus qui menace des communautés entières de l'Afrique subsaharienne.

Préalablement à la CISMA, les organisateurs de la conférence, en collaboration avec l'ONUSIDA, MSD et le « Global Business Coalition », ont réuni des spécialistes des médias locaux et internationaux afin d'échanger les toutes dernières informations sur tous les aspects du VIH/SIDA en Afrique : épidémiologiques, cliniques, politiques et économiques. Plus de 100 journalistes ont participé à cette réunion.

Invitée en tant que spécialiste par MSD, Mme Huntly Collins, journaliste américaine plusieurs fois récompensée, a abordé le thème « Combattre le VIH/SIDA : le rôle des médias » Retrouvez l'intégralité de son intervention ci-dessous.


COMBATTRE LE VIH/SIDA : LE RÔLE DES MÉDIAS

 Huntley Collins
Huntly Collins est journaliste indépendante et professeur de journalisme à Philadelphie, aux États-Unis. Elle rédige des articles pour la presse écrite depuis plus de 25 ans, dont 9 au Portland Oregonian et 18 au Philadelphia Inquirer. Ses reportages sur l'éducation, le travail et la santé publique lui ont valu de nombreux prix de journalisme nationaux. Ancien membre de la Fondation Nieman d'Harvard, elle fait également partie de la Fondation Ford pour un journalisme éducatif et enseigne à Kaiser en Afrique du Sud. En 2001, elle quitte le Philadelphia Inquirer pour se consacrer à la formation des envoyés spéciaux couvrant l'épidémie de SIDA en Afrique subsaharienne. Rattachée alors au Johannesburg Star, elle travaille en collaboration avec des journalistes et des rédacteurs en chef de toute l'Afrique du Sud. Depuis, elle a quitté la presse écrite et assure la communication de groupes à but non lucratif, dont l'AVAC (AIDS Vaccine Advocacy Coalition - Coalition en faveur du vaccin contre le SIDA) de New York, le bureau du Président de l'Université de Pennsylvanie, et les services du département de santé comportementale et de retard mental de Philadelphie. Elle est titulaire d'une licence de lettres de l'Université d'état de Portland (Oregon - États-Unis) et d'une maîtrise en éducation de l'Université du Missouri, à Kansas City (États-Unis).

Extraits de l'intervention de la journaliste Huntly Collins*, le 4 décembre 2005 à l'occasion de la réunion des représentants des médias de la CISMA, à Abuja (Nigeria)..

J'ai aujourd'hui l'honneur d'aborder devant vous le thème du rôle des médias dans la lutte contre le VIH/SIDA.

En ce qui me concerne, le SIDA est l'événement le plus marquant de ma vie.

Chaque jour, plus de [6 000] personnes sont infectées par le VIH. Si nous disposons désormais de médicaments efficaces pour combattre le virus au jour le jour, il n'existe toujours ni remède miracle ni vaccin pour empêcher l'infection.

Pour ceux d'entre nous qui ont commencé à couvrir l'épidémie de SIDA dès ses débuts, il est difficile de réaliser que, l'année prochaine, un quart de siècle se sera écoulé depuis que les premiers cas ont été signalés aux responsables de la santé publique des États-Unis. Aujourd'hui, plus de 25 millions de personnes sont séropositives, dont 23 millions en Afrique.

Du Cap au Caire, de Lagos à Lusaka, le SIDA fait des ravages. Vous êtes mieux placés que moi pour le savoir.

Ici, sur le continent qui a vu naître l'homme, un virus microscopique tue aujourd'hui 2,4 millions de personnes par an, soit plus de 7 000 par jour, ce qui veut dire quasiment 300 par heure, 5 chaque minute.

Autrement dit, d'ici à la fin de la conférence, jeudi, plus de 1 500 Africains seront morts du VIH.

Vous les connaissez. Ce sont vos concitoyens. Ce sont vos agriculteurs, vos ouvriers. Ce sont vos professeurs, vos proviseurs. Ce sont vos artistes, vos athlètes. Ce sont vos amis, vos voisins. Ce sont vos parents, grands-parents, tantes, cousins, fils et filles. Ce sont vos collègues... ou peut-être vous-même.

Il y a quelques années, alors que j'enseignais les techniques du reportage et de l'écriture au Johannesburg Star, j'ai commencé à prendre conscience du nombre de victimes du SIDA parmi les journalistes même. Chaque semaine, un nouveau faire-part de décès faisait son apparition sur le tableau d'affichage du journal. En raison du coût élevé des antirétroviraux, la caisse d'assurance santé du journal était proche de la faillite. Nombre de mes collègues sud-africains passaient tous leurs samedis à des funérailles.

Toutefois, le mot SIDA n'était jamais prononcé. Cette fatalité touchait les personnes auxquelles nous consacrions des articles, mais pas nous.

De nombreux représentants des médias aimeraient se cacher derrière le masque de l'objectivité professionnelle. Il nous faut néanmoins reconnaître que nous avons joué un rôle essentiel dans la manière dont la société a réagi à l'épidémie.

Au début de l'épidémie aux États-Unis, des reportages mal documentés sur le VIH ont contribué à entretenir les préjugés envers les groupes déjà marginalisés qui semblaient les plus à risque : les homosexuels, les usagers de drogue par voie intraveineuse et les immigrés haïtiens.

D'un autre côté, les reportages précis et détaillés réalisés à la fin des années 90 sur le SIDA en Afrique ont largement concouru à mobiliser la communauté internationale derrière un programme visant à rendre les antirétroviraux accessibles aux habitants les plus pauvres de la planète

Aujourd'hui, la couverture du SIDA par les médias, de même que la pandémie même, se trouvent à un carrefour.

D'une part, les journalistes doivent informer sur les importants progrès réalisés. Lentement mais sûrement, les antirétroviraux ont été introduits en Afrique où ils sauvent des vies. Dans les régions où les médicaments sont désormais disponibles, les volontaires au test de dépistage du VIH sont de plus en plus nombreux. Sur l'ensemble du continent, et notamment au Botswana, des partenariats publics-privés ont commencé à porter leurs fruits : ils ont permis d'améliorer les infrastructures médicales publiques, vitales pour répondre de manière efficace à la pandémie.

D'autre part, il reste incontestable que le virus a toujours le dessus. Il est donc crucial que les journalistes prennent la mesure des défis à venir.

Dans la plupart des pays les plus touchés au sud du Sahara, le nombre de personnes infectées par le VIH est en augmentation. En dépit des avancées considérables en la matière, sur 6 Africains qui ont besoin d'antirétroviraux, moins d'1 y a accès. Le programme 3 x 5 tant vanté de l'OMS n'a pas atteint son objectif. Par ailleurs, les contributions des pays riches au Fonds mondial multilatéral de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme sont loin d'arriver aux sommes nécessaires.

Si la prévention (appelée « vaccin par l'éducation » par l'un des responsables de l'UNICEF) reste l'espoir le plus immédiat d'enrayer l'épidémie, la pression exercée par l'administration Bush en faveur de l'abstinence et contre la distribution non ciblée de préservatifs a miné les promesses que représentaient pour les pays pauvres les 15 milliards de dollars investis dans le programme PEPFAR, de loin le plus vaste projet de santé publique entrepris dans l'histoire des États-Unis.

En résumé, si nous nous laissons moins vite distancer par le SIDA que par le passé, il nous dépasse toujours

Le SIDA est un sujet difficile à couvrir : les moyens sont limités, l'état impose sa censure et la corruption gangrène les plus hauts échelons du monde des médias.

Je n'oublierai jamais, par exemple, le premier atelier de formation que j'ai animé pour des journalistes du Kenya, d'Ouganda et de Tanzanie. Parmi les quelque 25 reporters de mon groupe, plusieurs m'ont avoué que leur principal problème était d'avoir à payer pour rédiger de bons articles. « Pardon ? » Et eux de reprendre : « Oui, nous devons payer. Si vous avez un scoop, vous devez donner de l'argent à votre rédacteur en chef, car celui-ci suppose alors que vous avez été payé par quelqu'un pour ébruiter l'histoire !

Je suis consciente des nombreux obstacles auxquels vous êtes chaque jour confrontés. Mais, d'un autre côté, le SIDA en Afrique est trop important pour laisser de tels problèmes vous arrêter

Comme Nelson Mandela l'a rappelé aux Sud-Africains : « Ne vous diminuez pas vous-mêmes. » En tant que journalistes africains, vous avez un rôle crucial à jouer pour enrayer la progression d'un virus mortel qui a infecté plus de 40 millions de personnes à ce jour et menace d'en toucher plus de 60 millions d'ici à 2010.

En tant que journalistes, vous pouvez briser la loi du silence et faire en sorte que le SIDA ne soit plus considéré comme une maladie honteuse : racontez l'histoire de simples citoyens infectés par le VIH (avec leur autorisation, naturellement). Mettez un nom, un visage et des sentiments sur un problème trop souvent caché.

Transmettez l'espoir que représentent les traitements antirétroviraux en évoquant le parcours de ceux qui ont réussi à avoir accès aux médicaments

En tant que journalistes, il vous revient de discréditer ces scientifiques de pacotille auxquels on a fait confiance à certains moments de l'épidémie : souvenez-vous notamment de l'affirmation absurde selon laquelle le VIH n'était pas à l'origine du SIDA.

Par nature, la plupart des journalistes ne sont pas optimistes. Il existe toutefois de vraies victoires qui valent la peine d'être racontées, car elles serviront de modèles à d'autres

Parlez d'une entreprise qui parvient à offrir conseils, tests de dépistage et traitements efficaces à ses ouvriers. Ou d'un centre de consultation rural qui réussit à impliquer des amis et des membres d'une même famille dans des programmes d'adhésion aux antirétroviraux. Ou encore d'une ONG courageuse qui distribue des préservatifs en dépit des contraintes imposées par le gouvernement américain, son bailleur de fonds.

Les nouvelles encourageantes sont tout aussi importantes que les mauvaises.

Parallèlement, c'est à vous, journalistes, qu'il incombe de vous positionner en tant qu'observateurs, aujourd'hui encore plus qu'hier, le combat contre le VIH en Afrique entraînant actuellement des transferts de milliards de dollars.

Comme le scandale du Watergate nous l'a appris aux États-Unis, suivez l'argent !

Comment les fonds du PEPFAR sont-ils dépensés dans votre pays ? Le sont-ils vraiment ? Quels objectifs poursuivent vos pays respectifs pour lutter contre le VIH ? Parviennent-ils à atteindre ces objectifs ? Qu'en est-il du nombre croissant d'ONG qui interviennent sur le terrain du SIDA ? Font-elles correctement leur travail ou sont-elles devenues des élites locales, plus intéressées par leur propre maintien que par l'aide aux personnes infectées ou à risque ?

Ces problèmes et ces questions doivent faire l'objet d'articles rigoureux, que seuls les journalistes sont en mesure de produire. Il est enfin de votre responsabilité de faire comprendre à la population que l'épidémie de SIDA ne se résume pas à un simple phénomène biologique, mais repose sur des forces sociales sous-jacentes.

Couvrir le thème du SIDA, c'est aborder la pauvreté, la discrimination sexuelle, la violence, l'homophobie, le racisme, ainsi que tous les autres maux de notre société. Le SIDA dévoile tous les failles de notre mode de vie moderne. En faisant le lien entre ces problèmes sous-jacents et l'infection par le VIH, vous autres journalistes pouvez jeter les fondements d'une politique sociale rationnelle qui contribuera grandement à enrayer l'épidémie.

A n'en pas douter, le travail qui vous attend nécessitera talent et engagement, mais également courage.

Les responsables gouvernementaux risquent de ne pas apprécier vos articles. Les propriétaires des médias, plus intéressés par les bénéfices que par la vérité, renâcleront à vous laisser le temps ou l'espace nécessaire pour couvrir les sujets qui doivent l'être. Les lecteurs eux-mêmes, qui n'aiment pas voir la vérité en face, vous en voudront peut-être.

Inspirez-vous des héros qui vous ont précédés, de personnes comme Wole Soyinka, l'écrivain nigérian qui, en 1986, a été le premier Africain à remporter le Prix Nobel de Littérature. Comme vous le savez tous, Wole Soyinka a été emprisonné, torturé, contraint à l'exil et expulsé à diverses reprises au cours des 30 dernières années. Pourtant, il a toujours refusé de se taire.

« L'engagement social », écrit Wole Soyinka, « est un engagement citoyen. Il concerne aussi bien le charpentier que le maçon, le coiffeur, l'agriculteur, le douanier ou le critique. Je m'implique personnellement dans un engagement citoyen, qui s'exprime par l'art et les mots. » Il en est ainsi de tous les journalistes. Nous avons l'obligation citoyenne de dire la vérité au sujet du SIDA et des efforts menés pour le combattre.

Les mots que nous écrivons et les photos que nous prenons ont un poids. Ils peuvent perpétuer la désinformation et encourager les préjugés, ou clarifier les faits, et favoriser compréhension et action.

Notre avenir à tous, et pas seulement celui de l'Afrique, repose sur votre travail. Bonne chance à tous !

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur cité.





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