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UTILISATION D'ENQUETES DANS LA CONCEPTION DE REPONSES EFFICACES AU VIH/SIDA
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Au départ considérée comme un problème médical concernant les groupes soi-disant « à haut risque », l'épidémie de VIH/SIDA est devenue une menace bien plus vaste pour les communautés et l'économie. En effet, l'épidémie touche des individus de tous horizons : femmes, enfants, travailleurs agricoles et industriels, techniciens et fonctionnaires à tous les échelons. Espérant mettre fin aux comportements à risque parmi la population ou leurs employés, les gouvernements et les organisations privées tentent de prévenir la propagation du VIH au moyen de campagnes d'information ou « d'éducation ». En général, la campagne d'information comprend des panneaux publicitaires mettant en garde contre les comportements à risque ou des brochures décrivant les aspects médicaux et épidémiologiques du SIDA.

Le ton des messages diffusés est souvent menaçant et stigmatisant. Les gens sont encouragés à faire le test VIH mais aucune information ne leur est donnée sur l'endroit où se rendre. Les églises et autres structures organisent des cours sur le SIDA, dispensés par des médecins qui parlent du « virus » et des modes de transmission. Les préservatifs ne sont pas toujours cités comme moyen de prévention. Malheureusement, cette approche « uniformisée » est inefficace, de telles stratégies amplifiant souvent les préjugés et la discrimination envers les personnes séropositives. Pour modifier les comportements à risque et encourager le recours aux services de CTV, il faut vaincre l'ignorance, le déni et la peur. La mise en place d'un environnement favorable, avec un accès à des conseils, des tests de dépistage et des soins en toute confidentialité, doit permettre au plus grand nombre de bénéficier des services anti-VIH/SIDA, en particulier lorsqu'il existe des groupes d'aide à la « vie positive » pour les personnes séropositives.
Des informations sur les attitudes et les comportements sont nécessaires pour élaborer les messages appropriés.
Au Botswana, par exemple, l'organisation de personnes vivant avec le VIH et le SIDA (Botswana Network of People Living with HIV and AIDS) est parvenue à encourager les gens à révéler leur séropositivité par l'intermédiaire d'événements spéciaux, tels que l'élection de « Monsieur Vie Positive » en 2006.
Comment une organisation peut-elle élaborer une stratégie de prévention du VIH, un accès aux CTV et une aide pour une vie positive ? Le développement d'une réponse efficace et durable à l'épidémie passe par la collecte d'informations sur la population cible et sur sa composition (connaissances, attitudes, pratiques et comportements liés au VIH/SIDA).

Cet article met l'accent sur deux études CAP(1) menées dans le but d'évaluer la manière dont les populations situées dans la zone de rayonnement de deux organisations africaines réagissent à la question du VIH/SIDA, afin d'obtenir des mesures de base qui contribueront à l'élaboration d'une intervention efficace en matière de prévention, de conseils, de tests de dépistage et de traitements anti-VIH. Les études CAP servent également à fournir des indicateurs pour évaluer l'impact des programmes.
(1)Connaissances, Attitudes, Pratiques et Comportements.

Deux organisations distinctes

Les deux exemples présentés ici, sont les études CAP de l'Agence nationale d'appui au développement rural de Côte d'Ivoire, l'ANADER(2), et de l'Initiative Ibani-se VIH/SIDA au Nigeria. L'ANADER est une organisation quasi gouvernementale créée en 1993, qui a pour mission de contribuer au développement de l'agriculture et à l'amélioration des conditions de vie en milieu rural. À bien des égards, l'ANADER constitue le principal point de contact entre la population rurale et le gouvernement ivoirien.
(2)Agence Nationale d’Appui au Développement Rural.

D'autre part, l'Initiative Ibani-se VIH/SIDA est une ONG communautaire créée sur l'Île de Bonny au Nigeria, début 2006. Le groupe MSD a collaboré étroitement avec la Nigeria Liquefied Natural Gas Company (NLNG) à la création de l'Initiative Ibani-se dont il assure l'assistance technique permanente. Il s'agit de la seule ONG de lutte contre le SIDA sur l'Île de Bonny. À l'heure actuelle, c'est également la seule entité soutenant les associations de personnes vivant avec le SIDA.

Deux endroits différents

L'ANADER et l'Initiative Ibani-se opèrent dans des environnements très différents : l'un rural et agricole, l'autre urbain et industrio-commercial. Malgré quelques différences dans les facteurs de risque du VIH, les deux organisations sont confrontées à des défis similaires dans l'élaboration de programmes efficaces de prévention, d'atténuation et de soins du VIH.
Avec une population de plus de 16 millions d'habitants, la Côte d'Ivoire est touchée par une épidémie de VIH généralisée et affiche la plus forte prévalence de VIH d'Afrique occidentale. Le taux national de prévalence du VIH chez les adultes en Côte d'Ivoire a été officiellement estimé à 4,7 % en 2006. Cependant, la prévalence varie considérablement selon les régions, allant de 1,7 % à 5,8 %. Il est fort probable, toutefois, que les chiffres réels soient encore plus élevés, étant donné que la récente guerre civile a perturbé le travail de surveillance et de prévention du VIH/SIDA.
Au total, l'épidémie en Côte d'Ivoire a entraîné la perte de 5,6 % de la population active, valeur estimée pour 2000, et on estime que la perte cumulée sera de l'ordre de 11,4 % en 2020(3). Le fait que 60 % de la population vivent en milieu rural et que l'agriculture représente 33 % du produit national brut met en évidence l'ampleur de la menace du VIH/SIDA sur l'économie.
Concentrée dans le sud du pays, la production agricole commerciale (en particulier de cacao, de café, d'huile de palme et de noix de coco) requiert une main-d'oeuvre importante.
(3)Division de la Population, DAES, Secrétariat des Nations Unies, "The Impact of AIDS"

Le Nigeria, qui compte environ 140 millions d'habitants, est le pays le plus peuplé d'Afrique. La prévalence nationale du VIH chez les adultes était de 4,4 % lors de la dernière enquête de séroprévalence réalisée en 2005(4). Cependant, elle varie entre 1,6 % et 10 % selon les régions du pays, les villes du sud du Nigeria enregistrant les taux les plus élevés. Par exemple, l'étude CAP de 2006 sur l'Île de Bonny a révélé une prévalence chez les adultes de 8,3 %, soit presque deux fois la moyenne nationale.
(4)Journalists Against AIDS Nigeria http://www.nigeria-aids.org/news/content.cfm/346

L'économie du Nigeria dépend fortement de l'industrie du pétrole à forte intensité capitalistique, qui représente environ 95 % des bénéfices d'exportation et près de 75 % des recettes du gouvernement. L'un des principaux centres de production et d'exportation de pétrole et de gaz naturel est l'Île de Bonny, royaume établi de longue date et zone de gouvernement local située dans le sud de l'État de Rivers, dans le delta du Niger. Avec une superficie d'à peine 180 kilomètres carrés et une population estimée à 100 000 habitants, elle abrite plus de 30 milliards de dollars en terminaux pétroliers et est la deuxième plus grande infrastructure de production de gaz naturel liquide au monde. Le ferry constitue le principal moyen de transport en provenance et en direction de l'île. Les quelque 30 000 autochtones ibanis sont devenus minoritaires sur leur île, des Nigérians de tous horizons appartenant à d'autres groupes ethniques, ainsi que des techniciens étrangers employés par les compagnies de pétrole, de gaz et du bâtiment s'étant installés sur l'île, de façon provisoire ou permanente. La présence de ces immigrés, essentiellement des hommes, a attiré d'autres industries de service, notamment un grand nombre de prostituées, qui travaillent dans les bars et maisons closes des bidonvilles, et s'infiltrent de temps à autre dans l'enceinte des compagnies.

Les études CAP de l'ANADER et de l'Initiative Ibani-se

Les deux organisations ont des préoccupations différentes dans le domaine du VIH/SIDA. Dans le cas de l'ANADER, les programmes de lutte contre le VIH/SIDA ont au départ été axés sur les communautés rurales bénéficiant des services des agents de vulgarisation de l'ANADER. Il est toutefois devenu évident que le personnel de l'ANADER et leurs familles risquaient également de contracter le VIH, notamment parce que la plupart des 2 128 employés sont des hommes que leur mission de vulgarisation agricole éloigne de leur domicile pendant de longues périodes. La nouvelle préoccupation de l'ANADER est le VIH/SIDA dans ses propres locaux.

Dans le cas de l'Initiative Ibani-se, cependant, l'objectif premier est le royaume de Bonny dans son ensemble. Cela implique l'élaboration d'une stratégie diversifiée de prévention, de CTV et de traitements, qui aborde les besoins des femmes, des écoliers, des employés des transports, des travailleurs industriels, des services en uniforme et des prostituées.

ANADER
En 2004, également avec le soutien de MSD, l'ANADER a élaboré son plan stratégique d'action contre le VIH/SIDA pour 2005-2007, qui comprend deux objectifs principaux. Le premier est de renforcer le programme pour les employés et leurs ayants droit (soit un total d'environ 15 000 personnes, dont 2 138 employés, 1 200 d'entre eux étant des vulgarisateurs mobiles). Le second objectif est d'augmenter la prévention, le CTV, les soins et les traitements pour les communautés rurales, avec une population cible de 3,8 millions d'habitants. En ce qui concerne son propre personnel, les objectifs de l'ANADER en matière de prévention, d'atténuation et de traitements du VIH/SIDA sont les suivants :
  • Tous les employés et leurs familles doivent connaître leur sérologie et tous les employés séropositifs doivent être parfaitement acceptés dans leur environnement professionnel comme familial, et recevoir les conseils et les soins médicaux appropriés.
  • Il faut diminuer les comportements à risque parmi les employés afin de contribuer à la baisse du nombre d'infections par le VIH.
Alors que le combat et la sensibilisation étaient menés sans relâche depuis 2001 parmi les employés de l'ANADER, leur impact n'avait pas été évalué. Afin de fournir des données pour améliorer le programme de prévention et de soins anti-VIH/SIDA pour les employés et leurs proches, une étude CAP a été menée en novembre-décembre 2006, auprès de 856 employés et leurs familles sur 38 sites, dont le siège, les bureaux régionaux et les zones rurales. L'ANADER étant une grande organisation capable de mener des études, elle a organisé l'étude CAP elle-même, en sous-traitant à des enquêteurs formés dans ce but. Voici certains des principaux résultats :

Tableau 1 : Principaux résultats de l'étude CAP de l'ANADER

Connaissances
  • Une forte majorité des personnes interrogées est consciente de la gravité du VIH/SIDA.
  • Un pourcentage significatif de personnes interrogées n'est apparemment pas au courant de l'existence du test de dépistage du VIH, ce qui peut expliquer le faible recours aux services de CTV.
Attitudes
  • Les femmes interrogées ont fait part d'un taux élevé d'attitudes discriminatoires dans l'interaction avec les personnes séropositives.
  • La radio, plus que le programme de sensibilisation de l'ANADER, est la principale source d'information sur le VIH/SIDA pour la plupart des personnes interrogées. Par ailleurs, une large majorité des personnes interrogées est disposée à recevoir des informations sur le VIH/SIDA de la part de l'ANADER.
Perceptions
  • En général, les gens rechignent à révéler les résultats de leur test VIH à leurs amis ou à leurs familles.
  • Certaines des personnes interrogées pensent qu'elles peuvent guérir du SIDA grâce aux ARV, d'autres pensent que le traitement ARV empêche les personnes contaminées de transmettre le virus.
Comportements
  • Les hommes comme les femmes fréquentent régulièrement des boîtes de nuit servant de l'alcool.
  • L'utilisation du préservatif avec des partenaires non réguliers est faible.
  • Plus d'un tiers des hommes interrogés ont déclaré avoir deux partenaires sexuels au moins.
  • Entre 10 % et 15 % de l'ensemble des personnes interrogées ont déclaré avoir eu une ou deux IST au cours des 12 derniers mois.
  • En général, le sujet du VIH/SIDA est rarement abordé entre époux ou avec les autres partenaires sexuels.


L'Initiative Ibani-se VIH/SIDA

En raison de sa création récente (2006), l'Initiative Ibani-se VIH/SIDA est en phase initiale de son travail de prévention, d'atténuation et de soins du VIH, et compte un petit nombre d'employés permanents. Pour ces raisons, il a décidé de faire appel à la Society for Family Health, célèbre ONG nigériane spécialisée dans la recherche sur le VIH/SIDA et l'élaboration de programmes. L'étude CAP, menée en septembre et octobre 2006, a été conçue dans le but de donner une vue d'ensemble de la situation du VIH/SIDA dans le Royaume de Bonny. C'est la première étude de ce type à avoir été menée sur l'île. L'échantillon prévu a été stratifié de manière à inclure un total de 4 500 personnes interrogées, ainsi que 1 650 personnes volontaires pour faire le test de dépistage du VIH, ce dernier servant à établir le taux de prévalence du VIH dans la population adulte. Il y avait trois groupes de personnes : des représentants de la population générale de l'Île de Bonny, âgés de 15 à 49 ans; le personnel de la NLNG et des employés de ses sous-traitants, et des prostituées, profession largement représentée sur l'Île de Bonny. En réalité, seulement 2 603 personnes ont finalement accepté de participer à l'étude CAP (des trois catégories de personnes interrogées) et 714 se sont portées volontaires au test de dépistage du VIH.

Outre l'enquête quantitative, une évaluation qualitative a également été faite. Au total, les chercheurs menant l'enquête sur la qualité ont dirigé 20 réunions de groupe et deux entretiens individuels en profondeur parmi des groupes cible spécifiques. Les principaux groupes cible incluaient des travailleurs industriels, des bateliers, des chauffeurs de taxi à deux roues (okada), des jeunes, des femmes et des hommes adultes.

Une enquête sur les établissements de santé a également été menée dans 14 infrastructures publiques et privées situées à Bonny Town et dans les zones rurales. L'enquête a évalué les services de CTV et de PTME dans ces infrastructures.
Les principaux points des résultats de l'étude CAP menée auprès du grand public sont les suivants. Les personnes interrogées se divisent en parts quasi égales entre jeunes femmes et jeunes hommes. Il y avait 75 % de personnes âgées de 15 à 34 ans et 48 % de célibataires.

Tableau 2 : Principaux résultats de l'étude CAP Ibani-se

Connaissances
  • Presque 20 % de femmes et d'hommes ont des informations erronées sur les modes de transmission du VIH.
  • Moins d'un quart des personnes interrogées ont déclaré connaître quelqu'un dont le décès est lié au SIDA.
  • Plus des trois quarts savent qu'il est possible qu'une personne paraissant en bonne santé soit séropositive et que les rapports sexuels sont le principal mode de transmission.
Attitudes
  • Les attitudes discriminatoires envers les personnes vivant avec le SIDA sont fortes. Moins de 10 % de femmes et d'hommes sont prêts à manger dans la même assiette qu'une personne séropositive, à s'occuper d'un parent contaminé par le VIH, à autoriser un professeur séropositif à continuer d'enseigner, ou à acheter de la nourriture chez un marchand séropositif.
  • Les personnes interrogées préfèrent largement acheter des préservatifs en pharmacie ou dans des établissements de santé plutôt que dans des distributeurs dans les toilettes ou dans des magasins.
Perceptions
  • Un peu plus de la moitié des personnes interrogées pensent n'avoir « aucun risque » de contracter le VIH.
Comportements
  • Quatre-vingt-cinq pour cent des personnes interrogées ont eu des rapports sexuels au cours des 12 derniers mois : au total, 52 % d'hommes et 33 % de femmes ont eu des partenaires non réguliers ; 35 % d'hommes interrogés ont eu deux partenaires au moins.
  • Moins de 20 % des personnes interrogées ont déjà fait le test de dépistage du VIH.
  • Au total, 10 % de femmes et 13 % d'hommes interrogés ont eu, au moins une fois, des relations sexuelles transactionnelles.
  • Seulement 9 % de femmes et 22 % d'hommes ont déclaré avoir utilisé un préservatif lors de leur dernière expérience sexuelle extraconjugale.


Discussion

L'ANADER et l'Initiative Ibani-se sont tous deux confrontés à des défis majeurs quant à l'utilisation des résultats de leurs études CAP respectives pour concevoir des stratégies de prévention, d'atténuation et de traitements anti-VIH.
Dans le cas d'Ibani-se, son « public cible » est extrêmement hétérogène, et se compose de différents groupes de professions, allant des prostituées aux techniciens expatriés travaillant dans l'industrie du pétrole et du gaz. Certains d'entre eux sont instruits tandis que d'autres savent à peine lire et écrire. L'avantage réside dans le fait qu'ils sont tous concentrés dans une zone compacte mais l'inconvénient est qu'atteindre des groupes vulnérables, tels que les prostituées, implique de surmonter une stigmatisation considérable, le silence et le déni. En tant qu'ONG, l'Initiative Ibani-se a besoin d'établir une relation de confiance avec NLNG, les compagnies de pétrole et de gaz et les groupes concernés dans la communauté pour concevoir et lancer son programme.
L'ANADER, de son côté, a un groupe plus unifié (son propre personnel et leurs familles), mais disséminé sur une vaste zone. Heureusement, un travail préparatoire a été effectué depuis quelques années et une stratégie anti-VIH/SIDA pour les communautés rurales a été lancée avec les fonds du PEPFAR. La direction de l'ANADER s'est également engagée à financer le nouveau programme élaboré pour ses employés et leurs familles. Pour conclure, les deux études CAP mettent en évidence certaines priorités dans l'élaboration du programme par chaque organisation :

Tableau 3 : Éléments des programmes en cours d'élaboration à partir des deux études CAP

Connaissance
  • L'Initiative Ibani-se prévoit de remplacer les panneaux publicitaires négatifs et stigmatisants sur l'Île de Bonny par de nouveaux, conçus par des professionnels et mettant l'accent sur une vie positive et des informations correctes sur l'épidémie. D'autres moyens de communication vont être nécessaires, notamment l'éducation par des pairs, afin d'accroître les connaissances sur la prévention et les modes de transmission du VIH, grâce à des pairs éducateurs opérant dans les écoles et les églises.
  • L'ANADER va peaufiner et diffuser sa politique d'entreprise de lutte contre le VIH/SIDA parmi ses employés et leurs familles ; des informations précises sur l'épidémie et les services fournis par l'ANADER doivent être communiquées.
Attitude
  • L'Initiative Ibani-se va travailler avec les porte-parole de divers groupes concernés dans la communauté, tels que des pasteurs, pour vaincre le silence, le déni et le stigma qui entourent l'épidémie sur l'Île de Bonny. Ce travail contribuera à renforcer et à étendre les groupes naissants de personnes vivant avec le SIDA que l'Initiative Ibani-se a d'ores et déjà commencé à former. Les chefs traditionnels et les responsables des différents secteurs d'activité doivent également « s'approprier » le problème du SIDA, en parler franchement et soutenir une action positive.
  • L'étude CAP de l'ANADER a mis en évidence que les familles (et en particulier les femmes) ont besoin d'aide pour vaincre les préjugés dont sont victimes les personnes vivant avec le SIDA. L'ANADER veut que ses agents de vulgarisation (essentiellement des hommes) cultivent une attitude et un comportement professionnels vis-à-vis du VIH/SIDA lorsqu'ils se trouvent dans des villages. Les employeurs et les pairs éducateurs auront besoin de directives et de soutien pour instaurer les attitudes adéquates, au sein du personnel.
Perceptions
  • L'Initiative Ibani-se va travailler sur le développement d'une bien plus grande sensibilisation à l'épidémie parmi les groupes intéressés. En prenant soin d'éviter les messages angoissants, Ibani-se va s'attacher à faire prendre conscience aux habitants de l'Île de Bonny que presque tout le monde court un certain risque de contracter le VIH ou d'être touché par ses conséquences sur les familles et les collègues.
  • L'ANADER sous-estime probablement la difficulté à faire faire les tests VIH par des médecins employés par l'entreprise, puisque ce qui est perçu comme un manque de confidentialité peut décourager certains employés ou membres de leurs familles de faire le test. L'orientation vers des hôpitaux publics et des cliniques doit être systématiquement proposée à ceux qui optent pour ces solutions. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si le personnel de l'ANADER serait davantage enclin à rejoindre « en interne » des groupes de personnes vivant avec le SIDA ou s'il préférerait rejoindre des groupes communautaires.
Comportements
  • L'Initiative Ibani-se et l'ANADER vont tous deux centrer leur attention sur l'utilisation du préservatif, puisque les études CAP ont révélé que les relations sexuelles hors mariage non protégées sont une pratique très répandue. Les prostituées sur l'Île de Bonny feront l'objet d'un programme spécial d'orientation concernant les IST et les préservatifs.
  • L'ANADER, qui a un contrôle ou une influence plus directe sur ses groupes cible, peut envisager de fournir des préservatifs à son personnel mobile, et de lui apprendre comment les conserver et les utiliser correctement.


Conclusions

Le développement de programmes de prévention, d'atténuation et de traitements dans les populations du Royaume de Bonny, qui vivent dans des zones denses mais avec des différences majeures, et dans les communautés rurales ivoiriennes, implique des tâches complexes et variées. À cet égard, les deux études CAP se révèlent être de précieuses sources d'information. Il est prévu que ces enquêtes servent aussi à surveiller et à évaluer l'efficacité des programmes au moyen d'études de suivi. En conclusion, le coût et les efforts nécessaires pour mener à bien les études CAP sont un investissement valable pour la réussite des programmes de lutte contre le SIDA.

Article d'Éric Allemano, expert en recherche sur le VIH/SIDA et l'éducation
Photos d'Eric Allemano, Donald de Korte, Sophie d'Aurelle de Paladines

Bibliographie

Avert. 2006. "HIV/AIDS in Nigeria." Disponible sur http://www.avert.org/aids-nigeria.htm

Journalists Against AIDS Nigeria (2007). Disponible sur http://www.nigeria-aids.org/news/content.cfm/346

Ministère de la Lutte contre le Sida et Institut National de la Statistique. (2005). Résultats de l'Enquête sur les Indicateurs du Sida en Côte d'Ivoire 2005 (EIS-CI). Abidjan, Ministère de la Lutte contre le Sida et l'Institut National de la Statistique. Disponible sur : http://www.measuredhs.com/pubs/pdf/HF14/
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Office of the United States Global AIDS Coordinator (2005). Country Profile - Côte d'Ivoire. Washington, D.C., U.S. President's Emergency Plan for AIDS Relief. Disponible sur http://www.cdc.gov/nchstp/od/gap/c.../FY04OGACCotedIvoire.pdf

Population Division, UN Department of Economic and Social Affairs (2003) The Impact of AIDS. New York. United Nations Secretariat. Disponible sur : http://hivaidsclearinghouse.unesco.org/ev_fr.php?ID=3356_201&ID2=DO_TOPIC

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Article du Mois
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