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PREVENIR LA FUIDE DES CERVEAUX :
DEVELOPPEMENT DE CAPACITES
DANS LE TRAITEMENT DU VIH/SIDA
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Braindrain PicDe nombreux pays en voie de développement sont confrontés à un problème grave : la désertion continue de leurs professionnels vers des pays développés, attirés par des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail et des opportunités de carrière.

MerckDepuis 1990, le continent africain déplore chaque année le départ de 20 000 personnes. Pour compenser cette désertion des compétences, l'Afrique dépense 4 milliards de dollars par an pour employer des expatriés non africains venus remplacer les professionnels ayant émigré. Que faire pour juguler la fuite des cerveaux de ce vaste continent dépourvu de moyens?

Une approche est en train de naître de notre expérience de la gestion du VIH/SIDA. Depuis 1996, lorsqu'il s'est avéré que la trithérapie (1) pouvait prolonger la durée de vie de patients atteints du SIDA dans les pays occidentaux, de nombreux médecins exerçant dans des pays en voie de développement ont pris conscience qu'ils avaient besoin d'être formés au VIH/SIDA s'ils voulaient prescrire correctement ces traitements complexes (voir encadré).

MSD et formation clinique

Entre 1998 et 2005, l'unité VIH de MSD a financé la formation clinique européenne de plus de 110 médecins africains venus de 24 pays, sur les 2 200 médecins ayant reçu une formation grâce au soutien de Merck lors d'ateliers locaux, de conférences scientifiques régionales et internationales, et de préceptorats cliniques. D'une durée variant d'une semaine à un mois, ces sessions de formation auraient été impossibles sans la volonté d'experts européens du VIH. Pratiquant dans des hôpitaux belges, anglais et français, ils ont partagé leur expérience avec leurs confrères originaires du continent le plus durement frappé.

Les participants étaient aussi bien des responsables de programmes nationaux africains sur le SIDA que de médecins traitants spécialisés dans le VIH qui, par la suite, ont assuré la formation de milliers d'autres prestataires de soins de santé, une fois de retour dans leur pays d'origine. Nombre de ces spécialistes du VIH sont devenus des médecins de référence dans des hôpitaux locaux ou des experts du VIH au sein d'organisations internationales de renom.

Environ un tiers des personnes formées étaient issues du secteur privé : ce chiffre reflète la prise de conscience croissante de l'impact socio-économique du VIH sur les entreprises.

Les participants aux sessions de formation ont dressé la liste des bénéfices de cette formation :

  • Création de liens forts entre formateurs et participants, base essentielle
          et inestimable d'un partage des idées et des conseils sur les cas difficiles
  • Développement d'un réseau de personnes ayant reçu la même formation
  • Accès aux dernières avancées médicales, dans un environnement
          de haute technologie
  • Programmes de formation équilibrés, qui couvrent aussi bien la théorie
          que la pratique

    Les participants ont toutefois émis une critique majeure : si la formation s'est avérée enrichissante, les compétences acquises étaient difficilement applicables dans leur environnement de travail.


  • Training Rwanda
    Formation au Rwanda nov.2004


    Si le type de formation décrit dans l'encadré est d'une valeur inestimable, il existe d'autres approches susceptibles d'améliorer les compétences des auxiliaires de santé ; celles-ci garantissent à la fois que les professionnels restent dans leur pays et que les compétences enseignées correspondent aux ressources et aux infrastructures en place. Citons notamment la télémédecine, l'enseignement à distance et les programmes de liaison avec les hôpitaux, en particulier les préceptorats cliniques.

    Qu'est ce qu'un préceptorat clinique ?

    Le préceptorat clinique consiste en une formation assurée sur le lieu de travail de l'étudiant. Le précepteur accompagne les stagiaires dans leurs soins aux patients. La formation s'effectue essentiellement " sur le tas ". Cette approche renforce les qualités humaines et professionnelles requises de la part des praticiens compétents, et garantit que les compétences enseignées sont adaptées à la réalité quotidienne des étudiants. Ce programme associe théorie, pratique et observation. Il fournit aux professionnels de santé en charge du VIH/SIDA les informations les plus récentes sur les nouveaux traitements et les nouvelles technologies, tout en intégrant ces informations dans leur pratique clinique locale. Les précepteurs sont confrontés à un défi : tenir compte des besoins spécifiques de chaque étudiant en fonction de son niveau d'expérience et de son environnement.

    Comment travaille un précepteur clinique spécialisé dans le SIDA ? Prenons l'exemple du Professeur Michael L. Alkan, médecin chef de l'Institut des maladies infectieuses de l'hôpital Soroka et de la faculté des Sciences de Santé de l'Université Ben Gourion du Néguev, en Israël. Il partage depuis des années son expérience et ses connaissances avec la communauté médicale du monde entier, dans des endroits aussi divers et variés que l'Équateur, l'Inde, le Kirghizistan, le Népal, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les États-Unis. Dans cet article, il raconte son expérience de précepteur clinique pour le SIDA au Botswana (pour l'ACHAP, African Comprehensive HIV/AIDS Partnerships - Programme global de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique) et en Chine.

    KITSO AIDS : connaissances, innovation et formation pour vaincre le SIDA au Botswana

    Pour répondre à une demande du programme ACHAP portée par l'initiative VIH de MSD, le professeur Alkan a été contacté par l'équipe anti-VIH de MSD en Israël, invitée à présenter le programme en faveur du Botswana lors du congrès annuel des centres de prise en charge du SIDA en Israël. Après cette annonce par MSD Israël lors du congrès, plusieurs médecins israéliens spécialisés dans le VIH ainsi que des infirmières exerçant dans des centres de prise en charge des patients atteints du SIDA, ont spontanément offert leur soutien et fait part de leur volonté de partir sur place. Le Professeur Alkan est, à ce jour, le premier à avoir pu effectuer un déplacement, ouvrant la voie à des participations ultérieures. Il a passé deux trimestres dans la région de Maun, au sein de l'un des quatre premiers sites à bénéficier du lancement du programme national de traitement par ARV (antirétroviraux). Il y a assuré une formation théorique et pratique dans le cadre d'un programme développé par l'initiative gouvernementale sur le SIDA, KITSO, et conformément aux directives nationales du Botswana sur le traitement antirétroviral.

    KITSO AIDS est l'abréviation de " Knowledge, Innovation and Training Shall Overcome AIDS " (connaissances, innovation et formation pour vaincre le SIDA).

    La journée type d'un précepteur débute par un cours d'une demi-heure sur un thème général, l'hépatite virale, la tuberculose, le diagnostic ou l'anorexie, par exemple. Tous les cours abordent systématiquement le VIH/SIDA, problème central au Botswana. Puis vient l'heure des tournées du matin : le Professeur rend visite à tous les patients, adultes et enfants confondus. Leurs pathologies sont très variées : il se rend au chevet d'un homme qui a été attaqué par un lion (" Où pourrait-on voir ça ailleurs qu'ici ? " s'interroge-t-il) et examine un bébé atteint du SIDA, à qui il ne reste que la peau sur les os, et souffrant de déshydratation grave en raison de diarrhées. Les après-midi à l'hôpital sont consacrés à la formation du personnel local et à la réalisation de diverses tâches administratives.

    Sa présence a-t-elle eu un impact ? Le nombre de patients suivant un traitement anti-SIDA est passé de 15 au début de son séjour à 50 lorsqu'il a quitté le Botswana. C'est un excellent résultat si l'on considère la brièveté de son séjour dans ce pays et l'environnement médical actuel. " Mais quand on sait qu'une femme enceinte sur trois est infectée par le VIH et que le nombre de personnes nécessitant un traitement anti-SIDA est colossal, on se sent incompétent et inutile " dit-il avec beaucoup d'humilité. Comment le gouvernement pourra-t-il financer le nombre croissant de traitements requis, quand le nombre de patients en attente de traitement va-t-il diminuer ? Et qu'en est-il de la grande rotation des prestataires de soins de santé dans les hôpitaux ? Comment assurer la continuité des soins et des traitements aux patients dans ces conditions ? Tels sont, pour le Professeur, les principaux défis actuels.

    Comme il l'explique : " Il existe deux extrêmes dans la lutte contre cette épidémie : le premier consiste à suivre les pas de Mère Teresa : sauver des vies, laver les pieds des mendiants, aider les mourants à accéder au paradis. L'autre extrême correspond à la méthode employée par l'OMS pour éradiquer la variole : se rendre jusque dans les villages les plus reculés, soigner absolument tout le monde pour que plus personne ne présente de charge virale suffisante pour infecter les partenaires ou les enfants. La vérité, malheureusement, se situe entre ces deux extrêmes : adopter un peu de chacune de ces attitudes pourrait bien être la seule option réaliste pour la pauvre Afrique.
    Malgré tout, les préceptorats cliniques jouent un rôle précieux et leur réussite est manifeste.

    Combattre le VIH/SIDA en Chine

    En mai 2005, Merck & Co., Inc. a signé un partenariat public-privé avec le ministre chinois de la Santé pour créer un programme global sur le VIH/SIDA consacré à la prévention, aux soins, au traitement et au soutien. Merck & Co., Inc et la Merck Company Foundation se sont engagés à verser 30 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir le partenariat entre la République Populaire de Chine et MSD (C-MAP). Le programme a débuté dans la préfecture de Liangshan, dans la province de Sichuan, au sud, et vise à établir un modèle reproductible partout en Chine. Cette province a été choisie en partie parce que la population à risque, notamment des usagers de drogue par voie intraveineuse et des prostitués, est une priorité nationale et vecteur de l'épidémie de VIH/SIDA en Chine.

    Rounds 1
    Le Professeur M.L. Alkan, de l'Institut des maladies infectieuses de l'hôpital Soroka et de l'Université Ben Gourion du Néguev, à Béer Shéva, en Israël


    Le rôle du Professeur Alkan dans ce partenariat était d'enseigner aux médecins locaux comment traiter des patients atteints du VIH/SIDA. Il leur a rendu visite une fois par semaine sur leur lieu de travail et les a conviés dans un bureau de Xichang, pour donner des cours et débattre de certains cas. Son travail constituait la première étape des programmes C-MAP de formation des professionnels de soins de santé et a jeté les bases du travail des futurs précepteurs dans la préfecture de Liangshan.

    Si le programme est bien rodé, le professeur Alkan s'est rapidement aperçu que l'approche qu'il a adoptée au Botswana ne pouvait pas simplement être reproduite dans d'autres pays. Il fallait entièrement adapter le programme de formation KITSO aux spécificités chinoises. La Chine est très différente du Botswana : les dernières statistiques de l'ONUSIDA indiquent que la République Populaire compte 650 000 personnes infectées par le VIH et qu'elle enregistre 75 000 nouvelles infections chaque année. Le Botswana compte 1,6 million d'habitants ; la préfecture de Liangshan en compte 4,2 millions à elle seule.
    Les obstacles habituels que rencontre le précepteur, comme la barrière de la langue, les codes de conduite, les coutumes, les croyances, le climat et le gouvernement, sont poussés à l'extrême en Chine. Il est donc impossible d'aborder ces deux pays de la même manière.

    Par exemple, à cause de la barrière de la langue, la réussite de son préceptorat dépendait entièrement de son interprète, Luo Qianlai, par ailleurs très compétente dans la traduction de tous ses documents de formation et de ses présentations. Autre défi propre à la Chine, la décentralisation de son système administratif. Le pays se divise en régions, préfectures et provinces, toutes détentrices d'un niveau de pouvoir différent. Le climat extrême a influé sur le taux de présence des étudiants : certains jours, il faisait trop froid et les étudiants préféraient ne pas sortir de chez eux. Les codes de conduite, les coutumes et les croyances étaient également très différents de son expérience précédente.

    Class Toutefois, la formation a remporté un franc succès. " Parfois, le nombre d'étudiants passant l'examen de fin de formation est plus élevé que le nombre d'étudiants en début de formation ", a-t-il constaté. Et ce fut le cas en Chine. " J'avais 14 étudiants, mais 18 ont passé l'examen ", s'amuse-t-il à dire. Il s'est aperçu à cette occasion que ses étudiants avaient donné des copies de ses supports de cours et de ses CD à d'autres étudiants qui souhaitaient tester leurs connaissances sur le VIH/SIDA et profiter de cette opportunité unique dans un endroit aussi reculé que la province de Sichuan. Tel était l'intérêt prononcé de la communauté médicale pour ce type de formation.

    Nul doute que les préceptorats jouent un rôle essentiel. Mais il reste encore de nombreux défis à relever dans ce pays qui s'efforce d'améliorer ses connaissances médicales, d'introduire des normes internationales dans la prise en charge des patients, et d'offrir des soins et des traitements antirétroviraux de qualité à tous les patients en attente de traitement. Les précepteurs sont confrontés à ces défis chaque jour, mais le Professeur Alkan n'en est que plus motivé : " Les difficultés que nous rencontrons chaque jour avec nos étudiants donnent un sens à nos efforts pour améliorer leurs compétences et leurs connaissances. Après tout, ce sont les patients qui bénéficieront des résultats, et ils méritent bien qu'on leur consacre tout notre temps et nos efforts ! "

    En proposant des formations sur place, le Professeur Alkan et ses confrères font beaucoup pour les pays en voie de développement. Non seulement ils limitent la perte de moyens humains, mais ils contribuent également au développement de compétences locales. La pénurie de prestataires de soins de santé dans les pays en voie de développement est directement liée au taux élevé de mortalité. Si les préceptorats peuvent empêcher le personnel soignant de déserter, nous aurons au moins remporté une bataille dans la guerre ouverte que nous menons contre le VIH/SIDA !

    (1) La trithérapie est l'association de trois antirétroviraux très puissants pour traiter le VIH. Avant sa découverte, le nombre de décès atteignait de tristes records. La trithérapie a constitué une véritable avancée car, pour la première fois, un traitement permettait aux patients de vivre mieux et plus longtemps.

    Interviews et article de S. d'Aurelle de Paladines, Editeur : Fiona Hall

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    Article du Mois
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