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UNE INITIATIVE COMMUNAUTAIRE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
AU ROYAUME DE L'OR NOIR
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Ibani-se

Dula Sentle
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Jetée Il est 7 h à Green's Iwoama, l'un des nombreux villages de l'Île de Bonny, dans la région sud du delta du fleuve Niger. Luke a déjà commencé à travailler : avec son vieux bateau à moteur, il assure le transport de quelques-uns des 30 000 autochtones qui vivent sur les nombreuses îles dispersées. Le bateau appartenait à son père, avant qu'il ne meure du paludisme ou était-ce de la typhoïde ? Quelle différence de toute façon ? Même les médecins ne savaient pas exactement de quoi il souffrait.

Luke se souvient qu'il allait à la pêche avec son père dans les criques voisines où le courlis (l'emblème du royaume de Bonny) venait nicher. La pêche n'était pas toujours très bonne, mais elle suffisait généralement à nourrir la famille. Aujourd'hui, les plates-formes de forage et d'exploration éclairent le ciel de leurs immenses torchères, et les poissons ont fui le goût du pétrole brut de ces eaux grouillantes d'activités.

Le mot " Bonny " est une déformation occidentale du mot " Ibani ", nom des autochtones de l'île et de leur langue. Le Royaume de Bonny, ou royaume de l'or noir, est devenu le plus grand bénéficiaire d'investissements étrangers en Afrique (45 milliards de dollars au total), injectés pour des terminaux pétroliers et la production de gaz naturel liquide. Le Bonny Light est l'un des sept pétroles bruts utilisés pour déterminer les prix OPEP. La production de gaz naturel atteint actuellement quelque trente millions de tonnes par an (soit deux tiers des besoins en gaz naturel de la France). Avant d'être le royaume moderne qu'il est aujourd'hui, le Nigeria était l'un des fournisseurs du commerce transatlantique des esclaves (75 à 80 % de tous les Nigérians asservis à l'esclavagisme étaient originaires du golfe du Biafra, également appelé golfe de Bonny, dans l'est du golfe de Guinée, entre 1700 et 1810). À l'époque du fameux roman de Chinua Achebe, " Le monde s'effondre ", il fut également le centre névralgique du commerce de l'huile de palme.


Bateau L'expansion des multinationales de gaz et de pétrole sur l'île s'est accompagnée de l'arrivée massive de travailleurs multiethniques venus du Nigeria ou d'autres pays. Cette population non autochtone varie de 50 000 à 150 000 habitants, selon la phase de développement des projets industriels. Elle est presque exclusivement composée d'hommes vivant pour la plupart seuls, loin de leurs familles, et qui restent sur place de quelques semaines à plusieurs années. La tentation est grande pour eux, car il n'y a pas grand-chose à faire sur l'île après le travail. Ils sont donc nombreux à se retrouver dans les bars du " Monkey Village ", où ils se divertissent en compagnie de prostituées.

Les premiers résultats d'une étude préliminaire menée sur l'Île de Bonny en septembre 2006 par la Society for Family Health, montrent que la prévalence du VIH/SIDA dans la population adulte est d'environ 7,8 % et de 16,8 % chez les prostituées. A titre indicatif, le taux atteint 5,4 % dans tout l'Etat des Rivières.

Pour mieux comprendre les faits

Hier, Luke s'est rendu à une réunion organisée dans son village par l'Initiative Ibani-se VIH/SIDA, ONG à but non lucratif basée sur l'Île de Bonny. En guise de coup d'envoi de la réunion, les présentateurs ont évalué les connaissances du public sur la maladie. Luke, comme la plupart des personnes présentes, a ainsi entendu parler pour la première fois du VIH, de ses modes de transmission, et de la nécessité du dépistage pour se protéger soi-même, ainsi que son partenaire. Le ton était amical et plein d'espoir, ce qui contraste considérablement avec les panneaux publicitaires représentant des têtes de mort à côté de slogans rouge vif où l'on peut lire " Le VIH/SIDA tue ! "

Luke a été rassuré de découvrir qu'il est possible de vivre avec le VIH/SIDA et qu'il existe des traitements contre les infections opportunistes, même si l'on ne guérit pas encore de la maladie. Les membres du projet ont donné des informations pratiques au public sur les centres pratiquant les tests de dépistage, distribuant des préservatifs et des médicaments antirétroviraux (ARV). Si tous ont levé la main pour accepter de pratiquer le test, Luke se demande combien se soumettront réellement au dépistage et combien retourneront au centre pour connaître les résultats...

La foule posa de nombreuses questions: est-il vrai que le VIH se transmet par les hommes blancs qui ont des rapports sexuels avec les chats et les chiens ? Le VIH a-t-il été inventé par les Américains pour détruire le sexe ? Avant la création de cette initiative, les habitants ne savaient pas où trouver les réponses à toutes ces questions. Par crainte de la méfiance, de la stigmatisation et de la discrimination, beaucoup renonçaient à poser ce type de question à leur pharmacien, par exemple. Enfin, s'est dit Luke, il existe un moyen de distinguer la vérité des rumeurs. Les personnes présentes ont été informées des services de conseils et tests volontaires (CTV) confidentiels proposés par le Bonny General Hospital, le Bonny Community Health Centre (notamment pour les femmes enceintes dans le cadre des visites de surveillance prénatale) et par plusieurs cliniques privées (dont les noms ont également été communiqués).

Luke avait souvent conduit des personnes qui semblaient malades à Port Harcourt, à une heure trente en bateau. Maintenant, il sait pourquoi : deux fois par semaine, une clinique y distribue des traitements antirétroviraux. Mais ces longs voyages qui augmentent sensiblement les coûts (absence et prix du voyage) devraient bientôt cesser car, selon les membres de l'Initiative, les ARV seront disponibles à Bonny dans l'année. Ils ont également promis de créer un "groupe de personnes positives" pour soutenir les personnes qui sont infectées et affectées par le VIH/SIDA à Bonny. Récemment, ils ont transformé la bibliothèque publique en centre d'information sur le VIH/SIDA pour les jeunes et ils prévoient également un projet de formation des prostituées par leurs pairs.

Qu'y a-t-il de nouveau avec l'Initiative Ibani-se VIH/SIDA ?

Lighthouse Le VIH/SIDA et les seuils élevés de pauvreté sont les principaux défis du programme de développement du Nigeria. Malgré tous ses efforts pour répondre à la crise du VIH/SIDA, le gouvernement nigérian a vu augmenter le taux de prévalence nationale de la maladie chez les adultes de 1,8 % en 1991 à plus de 5 % ces dernières années. La maladie s'est répandue au-delà des groupes à risque habituels dans la population générale à travers le pays. Plusieurs ONG ont essayé d'aider le gouvernement à améliorer sa couverture géographique, mais il leur a été assez difficile de maintenir leurs efforts.

Ce qui rend l'initiative Ibani-se VIH/SIDA unique, c'est son approche participative basée sur le dialogue avec les populations. Sa structure englobe TOUS les acteurs de l'Île de Bonny (voir l'organigramme, ci-dessous). Les populations ont la possibilité de participer aux processus décisionnels et à la mise en œuvre des plans d'action. L'initiative s'attaque également à d'autres problèmes tels que l'approvisionnement en eau, l'électricité, l'éducation, les infrastructures de santé et la responsabilisation économique des jeunes, des femmes et des personnes les plus susceptibles d'être infectées. Parallèlement au VIH/SIDA, l'Initiative lutte contre la tuberculose et le paludisme.

A court terme, ses membres espèrent :

  • Proposer des conseils sur le VIH et des tests de dépistage à 30 000 personnes,
  • Mettre en place un traitement par ARV chez 800 patients,
  • Prévenir la transmission du VIH en encourageant le changement
          des comportements (abstinence, réduction du nombre de partenaires
          et utilisation de préservatifs),
  • Intégrer 450 personnes séropositives dans des groupes de soutien
  • Réduire la stigmatisation et la discrimination en améliorant les mentalités

    L'initiative a été lancée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, en 2006, par la distribution à grande échelle de préservatifs et la communication des premiers résultats de l'étude de base initiale.

    Comment s'articule l'Initiative ?
    1. Elle repose sur un partenariat public - privé : celui-ci a été développé par la Chambre des Chefs (House of Chiefs), et bénéficie du soutien de MSD au niveau de la gestion, et de l'aide financière et logistique du Joint Industries Committee (JIC). Ce dernier se compose de sociétés de gaz et de pétrole comme la Shell Petroleum Development Company, la Nigeria Liquefied Natural Gas (NLNG), ExxonMobil, British Petroleum, Total, Agip, etc. Comme ces partenaires privés, les partenaires publics d'Ibani-se opèrent à deux niveaux
    1. Au niveau de la direction : : le Conseil d'administration (Board of Trustees), qui comprend des représentants du Conseil des Chefs (Council of Chiefs), le Comité de développement du Royaume de Bonny (Bonny Kingdom Development Committee) et les Comités d'action national et de l'Etat des Rivières contre le SIDA (National and Rivers State Action Committees on AIDS - NACA et SACA).
    2. 2. Au niveau opérationnel : les partenaires sont l'État des Rivières et les comités d'action de Bonny contre le SIDA (SACA et LACA), ainsi que des représentants de la population de l'Île de Bonny (clergé, ONG, fédération de jeunes et groupes civiques de femmes, enseignants, syndicat des bateliers, syndicat des chauffeurs de taxi à deux roues, prostituées, corps en uniforme, etc.).
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    Le programme est conçu pour devenir financièrement viable e grâce à un suivi et une évaluation rigoureuse des réalisations, dans le but d'instaurer la confiance des donateurs internationaux. Aujourd'hui, l'Initiative n'opère que sur l'Île de Bonny. Mais si ce partenariat public-privé durable, axé sur la communauté, obtient les résultats escomptés, ses membres comptent bien l'étendre à d'autres régions du pays.

    Le Nigeria ne s'est pas construit en une nuit. L'équipe de l'Initiative a parfaitement conscience qu'il faudra du temps et des résultats solides pour faire évoluer les comportements. Mais pour Luke et les nombreuses personnes présentes à la réunion, connaître les faits et savoir vers qui se tourner est déjà un grand pas, résolument dans la bonne direction.

    Pour plus de renseignements sur le projet Ibani-se VIH/SIDA, rendez-vous sur le site www.ibanise.org et/ou contactez Mme Ibiba Chidi, responsable de projet : ibibachidi@yahoo.com

    Article de S. d'Aurelle de Paladines, photos de Frederique Remy, Editeur Fional Hall

    Article en anglais paru dans Nature, en janvier 2007

    "A corporate response to AIDS" by Colin Macilwain, Nature , Vol. 445, 125, Issue n° 7124, 11 January 2007. http://www.nature.com/nature/journal/v445/n7124/full/445125a.html

    "AIDS: On the Brink" by Colin Macilwain, Nature, Vol. 445, 140-143, Issue n° 7124, 11 January 2007. http://www.nature.com/nature/journal/v445/n7124/full/445140a.html
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    Article du Mois
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