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LA VIE D'UN EMPLOYE DE L'ANADER AVEC LE VIH
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10 octobre 2001, 10 h . Un moment difficile à oublier pour ce technicien qualifié de la culture du café, du cacao et du caoutchouc employé par l'ANADER, l'agence d'aide au développement rural basée en Côte d'Ivoire. Le jour où il a appris qu'il était séropositif.

Aka (nous l'appellerons ainsi pour préserver son anonymat) était dans un hôpital d'Abidjan, et avait voyagé jusque-là pour recevoir des soins médicaux.

 

 Dr Badou Kouame


« Il a été l'un de mes premiers patients à être traités par antirétroviraux (ARV) », déclare le docteur Badou Kouame, médecin à temps plein de l'ANADER. « La première fois que je l'ai soigné, il souffrait d'un second épisode de fièvre typhoïde », explique-t-il. « Il était très maigre et avait la langue blanche, une diarrhée et un gros rhume », ajoute-t-il.


« Quand mon médecin me l'a annoncé, je n'ai pas du tout réagi », confie Aka. Sans voix, impassible, il n'a pas pu se résoudre à l'annoncer à sa femme avant trois mois. Le test de sa femme était négatif. Trois ans plus tard, il n'a toujours rien dit à ses neuf enfants. Il a trop peur.

« Je ne dois pas trop me fatiguer, sinon mes filles devront trouver d'autres revenus, ce qui pourrait les exposer au risque d'infection par le VIH », s'inquiète-t-il.



Être malade coûte cher

Aka fait partie des 1 800 employés de l'ANADER, sur 2 500, à être basé en zone rurale, où le risque d'infection par le VIH est élevé.

Ce technicien agricole de 48 ans encourage des groupes de planteurs à s'organiser en coopératives, les informe sur les nouvelles variétés les plus résistantes aux insectes et les forme aux techniques de travail, comme laisser suffisamment d'espace entre chaque plante. Il montre aussi aux femmes comment travailler de petites surfaces de terre avec des cultures telles que le riz, les aubergines, les oignons et les choux, de façon à être financièrement plus indépendantes de leurs maris.

Au début de son infection par le VIH, alors qu'il était souvent absent de son travail, soixante conseillers agricoles, dont il devait assurer la formation, n'ont pas été aussi productifs que d'habitude. L'ANADER a donc perdu du temps et de l'argent.



Technicien agricole : une profession à risque

Aka explique pourquoi son travail favorise les rencontres. Les techniciens sont ce qu'il décrit comme des « hommes modernes », qui sont célibataires et ont assez d'argent pour s'acheter une télévision ou une radio, par exemple. « Lorsqu'ils arrivent dans les villages avec leurs motos ou leurs 4x4, ils deviennent immédiatement des cibles potentielles, car les femmes pensent qu'ils ont de l'argent à dépenser », dit-il.

Les techniciens de l'ANADER sont souvent envoyés sur des projets à long terme, dans des villages loin de chez eux. Les sessions de formation de 15 jours, loin de chez eux et de leur famille, sont monnaie courante.

« Dans ces moments-là, quand nous sommes loin de notre famille, nous sortons souvent et fréquentons des boîtes de nuit et d'autres endroits à risque », explique-t-il. « En plus, il ne faut pas oublier que nous sommes en contact direct avec des femmes car nous leur apprenons à cultiver la terre », poursuit-il. « Et ce sont souvent de belles femmes », glisse-t-il.

Aka a été envoyé en mission pendant deux ans, dans un village d'une région isolée près de Vavoua (439 km au nord d'Abidjan), loin de sa femme et de sa famille. C'est là-bas qu'il a décidé de vivre avec une femme. Il est quasiment sûr d'avoir été infecté par le VIH lors de ses relations intimes avec elle. « J'ai appris qu'elle était décédée il y a deux ans », dit-il.



Bénéficiaires du fonds de solidarité VIH de l'ANADER

Il a payé son traitement anti-VIH pendant un an et demi (182 000 francs CFA, soit 353 $) jusqu'à ce que l'ANADER lui donne un coup de pouce financier. Ce technicien agricole fait aujourd'hui partie des 18 employés de l'ANADER bénéficiant actuellement de ce fonds.

Il contribue au fonds de solidarité VIH à hauteur de 300 francs CFA (0,58 $) par mois, soit environ 0,1 % de son salaire mensuel de 300 000 francs CFA (582 $). Il peut ainsi avoir accès à un traitement par ARV et à d'autres soins relatifs à son infection.

Chaque jour, matin et soir, Aka prend 4 gélules et 1 comprimé, une association de 3 ARV différents.

L'ANADER couvre 80 % des frais des antibiotiques dont il a besoin.

Depuis octobre 2004, si l'un des membres de la famille d'Aka devient séropositif, l'agence de développement rural s'est engagée à le prendre en charge également.



Séropositif devenu modèle

Aka participe à des campagnes de prévention contre le VIH/SIDA pour le compte de l'ANADER depuis l'avant-guerre en Côte d'Ivoire, en septembre 2002. Il était alors basé dans une ville au nord du pays. Armé d'une cassette vidéo sur la transmission du VIH/SIDA et d'un pénis en bois pour montrer aux hommes comment utiliser les préservatifs, il a sillonné les villages pour répandre le message sur l'infection par le VIH.

« Il était difficile d'aborder la sexualité dans le nord, car je travaillais essentiellement avec des musulmans pour qui parler de sexe est tabou », dit-il.

En novembre 2002, des rebelles ont fait irruption dans sa chambre, le menaçant de leur arme, mais il s'en est sorti car le chef du village où il habitait a alors négocié sa libération. Il s'est ensuite échappé grâce à un ami chauffeur pour la Croix-Rouge.

Il est aujourd'hui membre du comité anti-VIH/SIDA de l'ANADER, responsable de l'organisation de campagnes de prévention dans une ville située à 80 km au nord d'Abidjan et dans les villages environnants.



Article rédigé par Ms. Karie Atkinson.





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