De l'espoir pour les orphelins du SIDA au Botswana
"« Qui prendra soin de mes enfants ? » Ces derniers mots qu'une mère célibataire emportée par le SIDA a prononcés ont finalement donné de l'espoir et une vie meilleure à de nombreux orphelins du SIDA au Botswana.
Les statistiques font froid dans le dos : douze millions d'enfants d'Afrique subsaharienne ont déjà perdu leur mère, leur père ou les deux à cause du SIDA..* Non seulement ces enfants doivent survivre dans cette situation, mais ils doivent également combattre la malnutrition, les maladies, la violence, l'exploitation sexuelle et la pauvreté. Chaque minute, un enfant de moins de 15 ans meurt du SIDA. Face à une telle détresse, comment pouvons-nous offrir à ces orphelins de l'espoir et leur permettre de faire leurs premiers pas dans la vie, comme tout enfant le mérite ?
Situé près de la route principale qui relie le Zimbabwe et l'Afrique du Sud, à 30 km de Gaborone, la capitale du Botswana, le petit village d'Otse offre quelques réponses. Le centre Dula Sentle (qui signifie « repos assuré » en tswana, la langue du Botswana) y accueille les orphelins après l'école. L'affection que les adultes offrent aux enfants est aussi vitale que la nourriture chaude et le refuge qu'ils trouvent également au centre.
Gill et Brenda Fonteyn, les fondateurs du centre Dula Sentle, ne comprennent que trop bien la situation désespérée des orphelins du SIDA en Afrique subsaharienne. La majorité d'entre eux est confiée aux bons soins de leurs familles déjà épuisées et accablées, dont le nombre de membres a incroyablement augmenté. Dans le monde, plus de 90 % des orphelins du SIDA sont pris en charge par leur famille étendue. Mais les grands-parents vieillissent, puis disparaissent, et le nombre d'enfants sans défense augmente sans cesse. Certains orphelins, comme dans l'Angleterre de Dickens, n'ont d'autre choix que de partager le « panier garni » que leur fournit le gouvernement avec les autres membres de leur
famille s'ils veulent être autorisés à y rester.. Dans son rapport 2006, l'UNICEF indique que des millions d'enfants atteints du VIH/SIDA sont exclus de l'école, des infrastructures médicales et de leur droit à l'enfance. D'autres orphelins sont placés dans de lointains orphelinats, laissant derrière eux les amis et la famille qu'il leur reste. Ils sont exilés dans un monde inconnu, ce qui aggrave encore le traumatisme lié à la perte de leurs parents.
Pour les orphelins qui reçoivent des traitements antirétroviraux (ARV), comme Elizabeth Lowenthal, du centre Baylor d'excellence clinique pour les enfants, le fait remarquer, le fait que les enfants soient pris en charge par différents intervenants peut mettre en péril leur traitement.. « Il est essentiel de former le personnel soignant afin de garantir qu'un suivi correct de l'enfant est assuré lorsqu'il change de mains. »
Ce sont ces problèmes que le centre Dula Sentle tente d'éviter. L'objectif de Gill et Brenda consiste à maintenir les orphelins d'Otse dans leur environnement tout en leur proposant l'aide que leur famille étendue est incapable de leur apporter : leur offrir un refuge, un endroit sans alcool, un endroit où, quelques heures par jour, ils peuvent être des enfants normaux entourés par l'amour inconditionnel, le respect et les conseils de leurs nouveaux parents : Rra go Shaba (Gill) et Mma go Shaba (Brenda).
Malgré ses mines de diamants, la gratuité de son système de santé publique et la stabilité de son gouvernement, le Botswana détient le record mondial du taux d'infection par le VIH (25 % chez les 15-49 ans et 36 % chez les femmes enceintes). La population d'Otse n'a pas échappé à cette épidémie, qui a fait de nombreuses victimes. 10 % des enfants accueillis par le centre Dula Sentle sont séropositifs.
« Trop souvent de nos jours, les enfants ne représentent plus qu'une statistique parmi d'autres ou l'enjeu d'une politique », déplore Brenda. C'est ainsi que Brenda et Gill Fonteyn ont décidé d'élever les orphelins d'Otse comme leurs propres enfants. « Élever ces enfants n'est pas de la charité, c'est notre devoir ! » Dans dix ou quinze ans, si nous n'offrons ni éducation, ni amour à ces orphelins, ils seront marginalisés et incapables d'affronter les règles de notre société. Que pourrons-nous leur dire quand ils nous demanderont : « Où étais-tu quand j'avais besoin de toi ? »
En 2002, le gouvernement botswanais a fait don d'un vaste terrain au centre Dula Sentle, qui a ainsi pu s'agrandir. Alors que le soutien local était rare au début, Gill a su collecter des fonds auprès de particuliers et de donateurs comme les partenariats globaux de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique**. Grâce au travail du personnel local et des volontaires internationaux, la parcelle aride a été transformée en un centre à base communautaire accueillant. « 75 à 80 % de ce que vous voyez au centre Dula Sentle a été rendu possible par les fonds internationaux. Aujourd'hui, nous avons encore besoin du soutien des donateurs, mais nous sommes autonomes à 70 % grâce à des activités qui génèrent des revenus », explique Gill. « Si seulement le gouvernement pouvait nous aider en réduisant nos factures d'eau, de mazout et d'électricité, nous pourrions nous gérer à 100 %. »
Alors que Gill me fait visiter, Brenda est occupée à arroser l'orangeraie qui fournira aux enfants 400 kilos d'oranges riches en vitamine C. Le jus d'orange frais sera vendu par les plus grands enfants du centre au Dula Tea Garden, sur la route principale. « Les restes éventuels seront écoulés au marché pour payer les engrais permettant de faire pousser les légumes que nous mangeons ici avec les enfants. Une nutrition correcte est vitale pour qu'ils restent en bonne santé », ajoute Brenda
J'aperçois alors les enfants qui arrivent. Il est midi et quart et l'école est terminée pour les plus jeunes. Riant et courant, ils arrivent au centre Dula Sentle par petits groupes. Je bavarde avec un groupe d'enfants qui joue près de la pension et du campement que Gill a construit pour héberger les jeunes touristes et volontaires en visite à Otse. Je demande aux enfants ce qu'ils font ici et ce qu'ils pensent du centre.
« On assiste à des cours, on se repose, on regarde la télé ou on joue dehors jusqu'au repas, puis on fait nos devoirs avec des enseignants à temps partiel et nos frères et sœurs plus âgés. Ils nous filent un coup de main. Une fois qu'on a terminé, on joue souvent de la musique, du tambour... ou alors on chante avec Gill. On est en train de préparer notre deuxième CD avec de toutes nouvelles chansons. Il sera prêt en octobre ou novembre.
Rra go Shaba et Mma go Shaba nous parlent parfois du VIH et du SIDA et nous donnent des conseils pour éviter d'être contaminés ou pour vivre avec cette infection. Ce n'est pas un sujet tabou. Parfois aussi, on écrit des lettres à nos parrains et marraines qui vivent aux États-Unis ou en Europe pour les remercier de leurs cadeaux et cartes postales. Enfin, après un bon goûter, on rentre chez nous vers 17 heures. »
Gaone Mmesi, 16 ans, est présente aujourd'hui pour obtenir les papiers dont elle a besoin pour son passeport. Elle se rendra en Afrique du Sud dans quelques jours avec ses amis du lycée Maruapula, un établissement réservé aux étudiants doués et travailleurs. "« Comme j'avais beaucoup de A et de B à l'école, Rra go Shaba et Mma go Shaba ont demandé pour moi une bourse d'études à Maruapula, comme de vrais parents l'auraient fait. Les volontaires qui m'aidaient avec mes devoirs étaient convaincus que je pouvais réussir. J'ai réussi l'examen d'entrée comme tous les autres élèves et me voici donc. C'est fantastique ! C'est mon premier voyage à l'étranger ! »
Grâce aux liens étroits que Gill et Brenda ont noués avec les enseignants des écoles locales, ils peuvent offrir une éducation aux enfants doués comme Gaone et son amie Charity, âgée de 14 ans. D'autres garçons et filles suivent aujourd'hui le même chemin. Bien souvent, les enfants issus des petits villages ne peuvent pas aller à l'école. À 15 ans, nombre d'entre eux ont déjà abandonné l'école pour gagner leur vie ou s'occuper d'autres membres de leur famille. De plus, certaines jeunes filles sont déjà mamans de leur premier enfant. Les plus chanceuses frappent à la porte de Mme Nodumo Chida à l'UCJF (Union chrétienne de jeunes filles du Botswana), où elles sont logées avec leur enfant tout en rattrapant le retard dans leurs devoirs scolaires pendant la journée.
Comme Gill l'explique, « Les enfants de notre centre obtiennent de meilleures notes et nous n'avons eu aucun abandon d'études et aucune grossesse depuis plus d'un an. C'est un signe d'espoir pour la prochaine génération. »
Je jette un œil à la salle de classe colorée des Sauterelles (celle des 10-19 ans) où un jeune garçon m'explique : « J'aime me servir des ordinateurs. Nous n'en avons pas à la maison. Un jour, je me spécialiserai dans l'informatique. » De la musique retentit dans la salle de classe des Scarabées, où les 4-10 ans s'entraînent pour leur prochain spectacle.
Un volontaire explique les pas de danse. « C'est dur de faire ce qu'elle (la volontaire) nous explique, mais j'aime la musique », me dit une petite fille de 6 ans, arborant un sourire éclatant. Bénéfique pour l'amour-propre des enfants, le spectacle a également pour rôle d'encourager les donateurs locaux. « Les chansons que nous chantons, souvent co-écrites par les enfants, leur procurent un vocabulaire important pour la vie de tous les jours », s'exclame Gill. La musique permet également aux enfants de faire face à leur peine. Nous avons composé la chanson « Sometimes » avec les enfants. Ils y décrivent leur propre histoire. C'est une chanson sur le chagrin : « I'll never never forget you. . . No matter where I am, no matter what I do, no matter where I go, you will always be with me. » (Je ne t'oublierai jamais. Où que je sois, quoi que je fasse, où que j'aille, tu seras toujours dans mon cœur.) Cette composition a donné l'occasion à de nombreux enfants de pleurer pour la première fois leurs parents sans se cacher.
Bien moins mélodieuse, la plainte aiguë qui provient de l'atelier d'ébénisterie où Kelebogile, 19 ans, coupe du bois pour fabriquer des meubles. Ils seront vendus dans la salle d'exposition près du Dula Tea Garden. « Ici, j'apprends un vrai métier. Avez-vous vu la table en marqueterie qu'on a fabriquée, elle vous plaît ? Il nous a fallu plusieurs heures pour la faire, mais on est très fiers du résultat ! »
« Pour attirer les touristes à Otse, Gill vante les mérites du centre Dula Sentle à Gaborone et sur son site Web. Lorsque je serai grand, je serai guide touristique. J'emmènerai les visiteurs faire de la randonnée en montagne. Nous avons les plus hautes montagnes du Botswana et chacune d'entre elles possède sa propre légende », ajoute un autre enfant.
C'est là une autre victoire du centre : donner aux enfants la fierté d'apprendre un savoir-faire, de gagner de l'argent et de devenir indépendants, et les moyens d'échapper à la rue et à ses dangers.
Outre l'éducation proposée aux orphelins d'Otse, le centre Dula Sentle cherche à développer les compétences de la communauté toute entière. Cette démarche garantit une bonne utilisation des fonds et la durabilité du projet de Gill et Brenda. Dans le courant de cette année, le centre Dula Sentle, en collaboration avec les acteurs du programme PACT (Teenage Mothers & Peer Approach to Counselling by Teens - Mères adolescentes et conseil aux adolescents par leurs semblables) et du projet BOTUSA (Botswana/US of America Partnership - Partenariat entre le Botswana et les États-Unis), lancera un programme de proximité destiné à renforcer 30 projets d'accueil d'orphelins et à former 96 intervenants auprès des orphelins, ce qui améliorera, directement ou indirectement, la vie d'environ 4 000 orphelins.
Avec leur volonté, leur dévouement et environ 2 euros par jour et par enfant, Gill et Brenda prouvent au monde entier que la vie peut être plus favorable à ces victimes de la terrible maladie qu'est le VIH. La mort de cette jeune mère aura servi à quelque chose.
*UNICEF 2006. La situation des enfants dans le monde 2006 : exclus et invisibles. Fonds des Nations Unies pour l'Enfance.
**Créés avec le soutien du Président du Botswana, de la Fondation Bill & Melinda Gates et de la Fondation Merck.