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ENTRETIEN AVEC LE DIRECTEUR DU CIRBA
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- Information partenariat
- Histoire vécue


Dr. Henri Chenal

Docteur Henri Chenal, Directeur du Centre Intégré de Recherches Biocliniques d'Abidjan (CIRBA), a consacré sa vie à une cause précise : essayer de procurer des traitements et des soins aux patients séropositifs par l'intermédiaire d'un centre de recherche médical qu'il dirige à Treichville, un quartier d'Abidjan. Sa clinique reçoit le soutien de donateurs internationaux (gouvernements, entreprises, particuliers). Il est né et a grandi à Abidjan, sa famille ayant émigré de France en 1946.

Quelle est l'origine du CIRBA ?
Le CIRBA a vu le jour en 1992 sous la forme d'un centre de recherche, destiné à améliorer et à promouvoir le développement des recherches sur le SIDA en Afrique. En 1996, nous avons commencé à proposer soins et traitements aux patients séropositifs. Fin 1996, nous fournissions déjà des traitements antirétroviraux à 96 patients. Ce chiffre est ensuite passé à 120 en 1998, 400 en 1999, pour atteindre 3 100 personnes en 2004.

De 1998 à 2000, le CIRBA, en partenariat avec la société pharmaceutique Merck Sharp & Dohme a participé au premier programme de traitement antirétroviral hautement actif (HAART) en Côte d'Ivoire, dont l'objectif était de mesurer la capacité des patients ivoiriens à supporter et à suivre le traitement.

Notre centre, accrédité par le ministère de la Santé de la Côte d'Ivoire, propose un traitement global du VIH. L'objectif est que les patients reçoivent l'ensemble de leurs soins en un seul et même endroit. Nous accueillons en moyenne sept nouveaux patients par jour. Ils viennent de leur plein gré. Certains nous sont envoyés par des entreprises qui proposent des soins du VIH à leurs employés.

Qu'est-ce qui vous a poussé dans cette voie ?
Si je n'étais pas séropositif moi-même, je ne me serais probablement pas engagé dans la lutte contre le SIDA en Côte d'Ivoire. J'ai découvert ma séropositivité en 1987. J'étais alors chirurgien à temps plein. J'ai été infecté par le VIH au cours d'une opération pratiquée sur un patient lui-même atteint par le virus. Je m'étais coupé le doigt avec mon scalpel et j'ai été contaminé par le sang de mon patient.

Les médecins m'ont annoncé que je n'avais plus que deux à six mois à vivre. Huit ans plus tard, après le décès de ma femme, j'avais deux options : refuser de voir ma maladie ou l'attaquer de front. J'ai décidé de me battre.

Je suis bien placé pour savoir ce que c'est que d'être séropositif. Mes patients et mes collègues du CIRBA sont aujourd'hui ma famille. La moitié de mon équipe est infectée par le VIH.  

Comment expliquez-vous la discrimination dont font l'objet les personnes séropositives en Côte d'Ivoire ?
La croyance veut que le SIDA frappe les populations ayant un comportement à haut risque (les prostituées, les homosexuels, etc.). Les personnes séropositives sont donc considérées comme « immorales ». Les médias ont largement contribué à la stigmatisation. De plus, les Africains ne parlent jamais de sexe. C'est un sujet totalement tabou. Le SIDA est certes une maladie comme les autres, mais il faudra du temps avant que les gens le considèrent comme tel.

Chronologie du CIRBA


1992: le Professeur Luc Montagnier, co-découvreur du VIH, virus à l'origine du SIDA, fournit des fonds au CIRBA pour favoriser le développement des recherches sur le SIDA en Afrique.

1994: la construction de la section Recherche du centre se termine.

1996: la seconde partie du centre, qui comprend une clinique, des laboratoires de diagnostic et une salle de conférence, est achevée. Henri Konan Bédié, alors Président de la Côte d'Ivoire, inaugure le site, qui prend le statut de Centre international pour la recherche et la prévention du SIDA. Le centre administre ses premiers ARV. Fin 1996, 96 patients sont sous traitement antirétroviral.

1996-1998: l'entreprise pharmaceutique Merck Sharp & Dohme (MSD) finance un projet de recherche sur la trithérapie en  partenariat avec le CIRBA. Vingt patients ivoiriens sont traités gratuitement par trithérapie. Objectif : déterminer s'ils peuvent supporter et suivre le traitement.

2004: le centre est désormais financé à hauteur égale par ses projets de recherche, par les donations des particuliers et par les honoraires facturés aux patients pour les tests en laboratoire. Au total, 3 100 patients séropositifs suivent actuellement un traitement antirétroviral. Grâce à ses machines dernier cri, le centre surveille les numérations cellulaires de CD4 et les charges virales des patients.

Le CIRBA cherche aujourd'hui des fonds, à hauteur de 30 millions de francs CFA (soit environ 60 000 dollars), pour financer un projet de radio de la santé. Cette dernière diffuserait des feuilletons sur le thème du SIDA, mettant en scène l'homme de la rue, afin que cesse la stigmatisation du VIH/SIDA en Côte d'Ivoire.

Pour plus d'informations sur ce projet, veuillez contacter :
Dr Henri Chenal, Directeur du CIRBA, Abidjan.
Email: cirba@aviso.ci
Tel: (225) 21 24 09 24

Article rédigé par Karie Atkinson. journaliste indépendante





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