La lutte d'un mécanicien contre le VIH : affronter les préjugés et la discrimination en Côte d'Ivoire
Daouda est chef mécanicien dans un garage automobile près d'Abidjan, le centre économique de la Côte d'Ivoire.
Il découvre qu'il est séropositif en février 2002. À cette époque, son entreprise ne dispose alors d'aucune assurance pour le traitement des employés infectés par le VIH.
« Lorsque je me suis aperçu que j'étais séropositif, je me suis vu mort », déclare Daouda. « À l'époque, les personnes infectées par le VIH qui vivaient à Abidjan et n'avaient pas d'argent pour se soigner quittaient la ville pour mourir dans leur village », explique-t-il.
Et de poursuivre : « Au début, j'étais souvent absent du garage ». « J'ai perdu 20 kilos, et la numération de mes cellules CD4 était comprise entre 80 et 100 », ajoute-t-il. Les CD4 sont les cellules qui déterminent l'aptitude du système immunitaire à combattre l'infection. Une numération normale CD4+ chez un adulte séronégatif en bonne santé est d'environ 1 000 par millimètre cube de sang.
Son employeur mesure tout l'intérêt d'investir dans un programme VIH
A cette époque, Daouda n'avait pas les moyens de payer le traitement antirétroviral (ARV), un schéma posologique complexe dont le prix s'élevait à près de 350 000 CFA (692 dollars) par an. Ce traitement permet aux personnes infectées par le VIH de continuer à vivre et à travailler.
Mais son employeur s'est vite aperçu qu'il ne pouvait pas se passer de lui. Daouda était le seul mécanicien qualifié. En outre, il avait déjà investi beaucoup d'argent dans sa formation, puisqu'il l'avait envoyé en Europe pour suivre un stage de mécanique.
Grâce au soutien du médecin de Daouda, le docteur Henri Chenal, directeur du Centre de recherche et de consultation privé sur le SIDA CIRBA, à Abidjan, il décide alors de prendre en charge 80 % du traitement ARV de son employé.
Encouragé par l'exemple de Daouda, il collabore depuis avec le CIRBA pour étendre ce programme à tous ses employés et faire en sorte que l'assurance de son entreprise couvre l'intégralité du traitement ARV. Le garage dispose désormais d'un comité sur le SIDA chargé d'organiser des campagnes de sensibilisation et de prévention contre le VIH. .
Traitement ARV inadapté
En février 2005, cela fera trois ans que Daouda est sous traitement ARV. Certes, grâce à ce traitement, il a repris douze kilos et sa numération de CD4 a augmenté (environ 380 aujourd'hui), mais la thérapie reste lourde et difficile à suivre. À une époque, Daouda prenait une combinaison de 8 pilules à différents moments de la journée.
« J'ai du mal à respecter la posologie de mon traitement ARV, mais mon épouse m'aide à m'y conformer », déclare-t-il. « Elle me réveille en pleine nuit pour s'assurer que j'ai bien pris mes pilules » ajoute-t-il.
Depuis qu'il a été diagnostiqué séropositif en 2002, cet homme de 35 ans a suivi plusieurs schémas thérapeutiques avec ARV.
« Daouda a dû changer son traitement 4 fois en 2 ans en raison des fréquentes pénuries de médicaments ARV à la PSP (Pharmacie de la Santé Publique), pharmacie centrale de Côte d'Ivoire, chargée de commander et de distribuer les fournitures médicales », explique le docteur Chenal.
« Pour vous donner une idée, en 2003, la durée moyenne de pénurie d'ARV était de deux mois », ajoute-t-il. « Je passe mon temps à changer le traitement ARV de mes patients », déplore-t-il.
Les paiements en souffrance de la PSP auprès des entreprises pharmaceutiques pour la fourniture des ARV sont à l'origine de ces pénuries.
Le financement de la guerre prévaut sur celui des ARV.
Important stigma lié au VIH et forte discrimination
Daouda doit également faire face à un autre problème. Il ne peut pas parler librement de sa maladie avec ses collègues.
« Si mes clients savaient que je suis malade, ils ne me laisseraient pas leurs voitures et nous perdrions des clients », indique-t-il.
Et d'affirmer : « Lorsque je serai complètement rétabli, je parlerai librement de ma maladie ».
Il lui a fallu trois mois avant d'annoncer à son épouse qu'il était séropositif.
Le fort stigma associé au VIH conduit de nombreux Ivoiriens employés dans des entreprises à contourner les programmes VIH mis en place sur le lieu de travail et à prendre en charge eux-mêmes leur propre maladie. Grâce à la baisse récente du prix des ARV à 5 000 francs CFA (10 dollars) pour 3 mois de traitement, un grand nombre de personnes préfèrent payer de leur poche plutôt que de courir le risque d'être stigmatisé au sein de leur entreprise.