Sommaire Site MSD Version française
English Version
LES FAITS : L'ESTONIE S'ATTAQUE AU VIH
1
1
1
Estonie : combattre le VIH/SIDA sur le terrain


Map of Estonia

Si les estimations divergent concernant le nombre de personnes infectées par le VIH/SIDA en Estonie, le pays enregistre d'ores et déjà plus de 6 000 cas (sur 1,35 million d'habitants). Il s'agit essentiellement de jeunes et de toxicomanes (par voie intraveineuse) qui vivent à Tallinn et dans le nord-est du pays, près de la frontière russe, où les conditions de vie sont particulièrement précaires.

Quelle est l'origine de l'épidémie ?

Il est de notoriété publique que jusqu'en 2004, les nouveaux cas d'infection au VIH enregistrés en Estonie concernaient majoritairement les usagers de drogue par voie intraveineuse, soit 90 % des cas recensés Mais en 2006, l'épidémie a progressé et les statistiques nationales révèlent que ces toxicomanes représentent 50 % des nouveaux cas. La tranche d'âge des 15-29 ans reste la plus durement touchée.

Or, si le nombre de toxicomanes par voie intraveineuse et de prostituées est stable et contrôlé, comme le suggèrent les statistiques rendues publiques, quelle est l'origine des nouvelles infections ? Il faut savoir qu'au cours des deux dernières années, les professionnels ont observé une évolution des statistiques du VIH, avec davantage de jeunes femmes atteintes et de nouveaux modes de transmission, puisqu'une proportion croissante des nouveaux cas ne concerne ni les toxicomanes ni les prostituées. Ces changements indiquent que l'infection commence à se propager à toutes les catégories de la population.

Bien entendu, les autres groupes à risque susceptibles de contracter le VIHdoivent également être pris en compte dans les programmes nationaux : les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), les partenaires d'usagers de drogue par voie intraveineuse, les femmes et les hommes prostitués, les homosexuels et les codétenus. Mais pour la plupart d'entre eux, le seul soutien social est proposé par les ONG locales.

Estonia Dans la région très pauvre du nord-est de l'Estonie, les Russes " abandonnés " après la chute du régime soviétique ont recréé une " petite Russie ", où l'alcoolisme et l'héroïne bon marché sont devenus leurs compagnons d'infortune. Déscolarisation précoce, chômage et absence de domicile fixe sont souvent à l'origine de la toxicomanie et/ou de l'alcoolisme. Mais ils ont décidé de rester au lieu de retourner en Russie où aucune infrastructure n'avait été mise en place pour les réintégrer.

L'explosion du VIH dans cette région marginalisée était inévitable. Toutefois, le nombre exact de personnes contaminées est difficile à déterminer car elles font partie des catégories de population qu'on ne voit pas, des anonymes, et souvent, des criminels. Les ONG locales qui travaillent depuis de nombreuses années avec ces communautés connaissent parfaitement la triste réalité.

Estonia Depuis 1991, année de l'indépendance de l'Estonie, une deuxième génération de Russes a vu le jour. Mais à l'instar de leurs parents, la plupart de ces jeunes ne parlent pas correctement l'estonien et sont mis au banc de la société. Souvent, ils n'ont pas la nationalité estonienne qui leur permettrait d'accéder à l'assurance maladie et aux services de santé publique.

La barrière de la langue empêche également de nombreux séropositifs de s'informer sur les moyens de protection et les traitements accessibles gratuitement.


L'intégration de cette communauté non estonienne dans le système national de santé constitue l'un des défis majeurs du gouvernement. Mais parce qu'elle fait intervenir des questions relatives aux droits de l'homme, à la santé, au social et à la politique, et implique de nombreux changements, il semblerait que le gouvernement l'ait pour l'instant reléguée au plan des " affaires trop complexes ".

Selon le Dr Jarno Habicht, responsable de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en Estonie, " le pays pourrait bénéficier d'une couverture maladie universelle dans les dix prochaines années, c'est une simple question de décision politique ". Malgré ces propos encourageants, les personnes marginalisées n'ont pas d'autre alternative, en matière de soutien et de soins, que de s'en remettre presque exclusivement aux ONG dont les fonds proviennent majoritairement du secteur public. Une plus grande volonté politique renforcerait la proximité et la coordination nécessaires pour prodiguer des traitements opportuns et assurer une prise en charge plus complète.

Les mesures mises en œuvre

Que fait le gouvernement estonien face à cette crise émergente ? Il a mis en place des programmes VIH/SIDA interministériels et a bénéficié d'un soutien à la fois technique et financier de partenaires tels que l'OMS, la Banque mondiale et le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme (voir encadré), ainsi que de l'expérience des pays voisins.

Le Fonds mondial en Estonie
http://www.theglobalfund.org/search/portfolio.aspx?countryID=EST

Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme a été créé pour financer la transformation radicale des moyens de lutte contre ces maladies. Il s'agit d'un partenariat entre gouvernements, secteurs public et privé et communautés concernées. En Estonie, en octobre 2003, le Fonds mondial a accordé la somme de 10,09 millions de dollars sur quatre ans. Aujourd'hui, à un an et demi de l'échéance du programme, 5,1 millions ont été dépensés. Ce programme avait pour ambition d'arrêter la propagation progressive du VIH en Estonie d'ici à 2007.

Le bénéficiaire de ces fonds est l'institut national chargé de la promotion de la santé du ministère des Affaires sociales

De nombreux bénéficiaires du Fonds mondial estonien se demandent déjà ce qui se passera à la fin du programme. Le gouvernement aura-t-il mis en place les " passerelles " nécessaires pour poursuivre les projets initiés avec l'argent du Fonds mondial et collaborer avec ses partenaires du secteur privé et des ONG ? De nombreuses questions restent sans réponse, mais devront rapidement être élucidées afin de préserver l'esprit d'équipe parmi les intervenants.

De nombreux spécialistes du VIH redoutent que les conséquences du VIH/SIDA sur la société et l'économie soient toujours largement sous-estimées par le gouvernement et l'opinion publique. Selon un groupe de réflexion sur les politiques mises en œuvre à Tallinn, l'épidémie de SIDA apparaîtra certainement dans les années à venir,, 10 ans après l'épidémie du VIH. Elle comportera un grand nombre de cas de VIH non identifiés à ce jour et, une fois encore, l'Estonie sera surprise de la rapidité d'augmentation du nombre de cas de SIDA et de son impact macroéconomique sur l'ensemble de la société. Le gouvernement devrait à présent se prononcer sur sa capacité à fournir la gamme complète de services (y compris des traitements antirétroviraux) au moment où les PVVIH se présenteront.

Le gouvernement estonien étant actuellement penché sur une série de réformes concernant essentiellement le grand public, les communautés marginalisées vulnérables sont négligées et n'ont pas accès aux services dont elles ont besoin. Comme l'Estonie est aux prises avec les réformes, elle se tourne vers ses voisins nordiques pour s'inspirer de leur politique sociale, mais manque de ressources pour reproduire le modèle suédois ou finnois. Au terme de plusieurs années de domination soviétique, l'Estonie lutte véritablement pour parvenir au bon équilibre entre public et privé, et pour la création d'une coalition efficace en matière de planification et de prestation de services entre le gouvernement et la société civile.

L'une des tâches les plus urgentes pour le gouvernement est de déterminer dans les plus brefs délais, le nombre exact de personnes séropositives.

  • Sinon, comment pourra-t-il allouer suffisamment d'argent aux soins et aux traitements contre le VIH, à l'achat de traitements antirétroviraux (ARV) pour TOUS ceux qui en ont besoin dans les prochaines années ?
  • Comment pourra-t-il garantir qu'il existe suffisamment de centres de traitement capables de distribuer les ARV et de prodiguer les conseils nécessaires avant et après le diagnostic ?
  • Comment pourra-t-il former et retenir le personnel médical et soignant suffisant pour proposer des soins et un soutien de qualité aux PVVIH ?
  • Comment pourra-t-il mettre en place suffisamment de programmes durables en vue d'améliorer le quotidien des PVVIH (logement, emploi, programmes d'échange de seringues, etc.) ?
  • Comment pourra-t-il assurer correctement le suivi des patients ayant besoin d'un traitement ?
  • Comment pourra-t-il prendre en charge les centres de distribution de la méthadone et permettre aux toxicomanes attendant leurs traitements ARV de vivre dans des conditions plus stables, sans héroïne ?

Estonia L'entrée de l'Estonie dans l'Union européenne pose un autre problème. Jusqu'en 2004, l'Estonie pouvait faire appel aux organisations internationales, comme le Fonds mondial, pour obtenir des subventions. Malheureusement, l'appartenance à l'Union européenne prive désormais l'Estonie de telles opportunités. L'une des seules solutions possibles consiste à solliciter le programme de santé publique de l'UE pour obtenir des fonds. La Commission publie un appel annuel à propositions dans le Journal officiel des communautés européennes. Toutefois, la solution idéale pour l'Estonie serait de pouvoir subvenir à ses propres besoins, en obtenant ses financements dans le pays même. Le secteur privé et les pays apportant leur soutien auront eux aussi un rôle à jouer dans le financement de la stratégie estonienne anti-VIH/SIDA.

Le rôle de Merck Sharp & Dohme

L'entreprise Merck Sharp & Dohme (MSD) est présente en Estonie depuis 1994 et a observé avec inquiétude la menace croissante que représente le VIH/SIDA dans le pays et la région.

Dans le cadre de son programme de responsabilité sociale d'entreprise et sur la base de son expertise dans l'élaboration de partenariats publics-privés sur les continents américain et africain, MSD collabore avec le gouvernement estonien, les représentants du secteur de la santé et les ONG pour permettre le développement du plan stratégique anti-VIH 2006-2015, qui inclut un plan d'action pour la période 2006-2009.

L'objectif global vise à atteindre une sérieuse tendance à la baisse de la propagation de l'infection par le VIH. Il passe par d'intenses campagnes de sensibilisation des populations quant aux modes de transmission du VIH et par la réduction des comportements sexuels dangereux. L'un des autres objectifs fixés consiste à améliorer la qualité de vie des personnes contaminées par le VIH/SIDA et à mettre les traitements nécessaires à leur disposition. Objectif de cette stratégie : augmenter le budget consacré au VIH/SIDA de 56 millions de couronnes (3,6 millions d'euros) en 2005 à 400 millions en 2009. Le taux d'infection par le VIH en Estonie s'élève actuellement à 55 pour 100 000 individus. Il s'agit de faire chuter ce chiffre à 20 sur 100 000 d'ici à 2015.

Pour MSD, le seul moyen d'atteindre ce but passe par le renforcement des liens entre les services sociaux des ONG et les services de santé du gouvernement.

Il exige la mise en place d'un partenariat transparent, reposant à la fois sur des données empiriques et scientifiques, et incluant la surveillance et l'évaluation de la bonne marche du plan.

Le programme du Fonds mondial s'achève en octobre 2007, date à laquelle l'OMS procédera à son évaluation habituelle du plan national pour contrôler la mise en œuvre du plan auquel auront contribué les communautés nationale et internationale (OMS, ONUSIDA, entre autres). Pour les milliers d'Estoniens infectés par le VIH, le seul espoir est que ce nouveau partenariat soutenu par MSD ouvre la voie d'un avenir prometteur pour le pays.

LE MOIS PROCHAIN : LES ONG EN ESTONIE

Entretiens, photos et article de S. d'Aurelle de Paladines, éditeur : Fiona Hall.





1
1
1
Article du Mois
1
1
1
1
1
1
1 1
1
1
1
1
1
1 1 1 1