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ESTONIE : COMBATTRE LE VIH/SIDA SUR LE TERRAIN
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Les faits : l'Estonie s'attaque au VIH


Map of Estonia

Reproduit avec l'autorisation de REC, http://www.rec.org

Les organisations non gouvernementales (ONG) jouent un rôle capital dans le soutien aux personnes touchées de près ou de loin par le VIH/SIDA en EstonieSur le terrain, elles acquièrent depuis des années une grande expérience grâce à leur étroite collaboration avec les personnes touchées ou infectées par le VIH/SIDA. Elles sont nombreuses à avoir mis en place des programmes dédiés à la réduction des dommages liés aux drogues et à apporter un soutien quotidien aux personnes vivant avec le VIH/SIDA. Ces programmes portent leurs fruits. Le rôle indiscutable que jouent les ONG dans le développement et la mise en place de programmes de proximité de prévention et de soutien est vital pour aider le gouvernement à renforcer ses efforts destinés à enrayer la pandémie de l'infection par le VIH dans la population estonienne.

Le Fonds Mondial est actuellement à l'origine de ressources pour de nombreuses ONG. Mais le terme du programme, prévu pour 2007, rend l'avenir plutôt incertain.

Quatre ONG se démarquent des autres. Elles nous livrent leurs expériences et leur réflexion quant à l'avenir immédiat de leurs activités :

Narva Narkomaanide ja Alkohoolikute Rehabilitatsioonikeskus (NNARK) - "Vous n'êtes pas seuls"

Kohtla Jarve En 1987, NNARK était l'une des premières ONG à travailler avec des personnes alcooliques et des usagers de drogue par voie intraveineuse. Depuis 2000, la pandémie du VIH/SIDA parmi les usagers de drogue par voie intraveineuse est devenue si préoccupante que , Tatjana Magerova, directrice de NNARK, a décidé d'ouvrir un centre dans le nord-est de l'Estonie, région plus proche de Saint-Pétersbourg que de Tallinn, la capitale de l'Estonie. Ce centre a pour vocation la réduction des dommages. En 2003, NNARK a lancé un programme de traitement par la méthadone, ainsi que plusieurs programmes destinés aux femmes et aux enfants atteints du VIH, aux usagers de drogue par voie intraveineuse et à leurs familles..

Le personnel de NNARK, soit 32 personnes au total, se compose d'infirmiers et de travailleurs sociaux actifs dans six petits centres dédiés à des programmes d'échange de seringues et de réduction des dommages, financés par le Fonds mondial. Dix autres membres de l'ONG travaillent au quartier général de NNARK, à proximité de l'hôpital de Narva Ces médecins, infirmiers et travailleurs sociaux, accompagnés d'un psychologue, proposent des traitements de sevrage à la méthadone et des thérapies d'entretien, des consultations médicales, ainsi qu'un soutien psychologique aux usagers de drogue par voie intraveineuse et à leurs familles, et aux personnes infectées ou touchées de près ou de loin par le VIH. Fait inhabituel pour une ONG, rendu possible par les bons contacts qu'entretient l'ONG avec les services hospitaliers : l'hôpital autorise les médecins internes de NNARK à dispenser des traitements antirétroviraux aux patients infectés par le VIH. Le centre fournit également des seringues neuves aux usagers de drogue par voie intraveineuse dans le cadre d'un programme d'échange de seringues. En moyenne, entre 200 et 220 personnes se rendent chaque jour dans ce centre.

Tatjana Magerova a constaté des résultats positifs depuis la mise en place des programmes de traitement par méthadone et d'échange de seringues . Ces résultats sont largement diffusés dans les journaux locaux et par le réseau de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) lancé par l'ONG il y a un an. Elle a d'ailleurs récemment mis en place un deuxième réseau pour les usagers de drogue par voie intraveineuse.

" L'évolution des comportements sexuels et l'arrêt de la stigmatisation de la maladie passe impérativement par l'éducation de la population. Nous travaillons avec les PVVIH pour faire en sorte qu'elles continuent à venir dans notre centre afin d'y recevoir les soins et le soutien adaptés, et également pour assurer leur suivi et les aider à trouver du travail ", explique-t-elle.

Elle ajoute ensuite que les patients qui se rendent au centre (certainement l'étape la plus " facile ") peuvent être classés dans trois groupes :

"D'abord, nous avons les patients qui ont un bon niveau d'éducation et qui savent où ils vont. Ils représentent 35 % des patients que nous accueillons. Ce sont les plus accessibles, ceux que nous parvenons le mieux à éduquer sur les risques de contracter des maladies sexuellement transmissibles, comme le VIH, et qui comprennent le mieux les liens entre la maladie et l'injection de drogue ou la consommation excessive d'alcool. Nous avons ensuite le deuxième groupe : ces personnes ne savent pas où elles en sont. C'est l'hôpital qui nous les envoie pour que nous leur proposions un traitement par méthadone ou un traitement de substitution à la méthadone, que nous les convainquions d'arrêter de consommer de la drogue et que nous les éduquions comme le premier groupe. Ces 55 % ont absolument besoin de notre aide. Ils sont intégrés dans un programme " d'urgence hospitalière " proposé par le service des urgences de l'hôpital de Narva . Enfin, le troisième groupe se compose de personnes qui ne se soucient aucunement des comportements à risque. Ils représentent environ 10 % de l'ensemble de nos patients. Ils sont les moins accessibles et il faudra bien du temps avant de pouvoir les inclure dans l'un de nos programmes ".

Tatjana aimerait lancer de nombreux autres programmes, mais tout dépend du financement que lui accordera l'institut national chargé de la promotion de la santé

Après octobre 2007, à l'issue du programme de financement du Fonds mondial pour l'Estonie, elle craint que le financement des ONG soit pris en charge uniquement par le gouvernement. Comment le gouvernement parviendra-t-il à gérer le nombre croissant de patients ? Quel budget recevra-t-elle du gouvernement pour prendre en charge le nombre accru de patients qui solliciteront la NNARK ? Elle cherche déjà un autre moyen pour compenser la perte que représente l'argent actuellement versé par le Fonds mondial, mais rien n'est simple... Sa seule certitude est que son ONG ne pourra obtenir un financement que si elle présente des résultats visibles, significatifs et continus. Mais cette femme est remarquable et elle a de l'énergie à revendre. Nul doute que l'on entendra encore beaucoup parler d'elle !

E-mail: rehabi@hot.ee , Tel: +37 256 452 814 / +37 235 48 344

Un seul mot d'ordre pour le centre ALLIUM à Kohtla-Järve : le partenariat

Kohtla Jarve Créée en mai 2005, cette nouvelle ONG se consacre à la réduction des dommages chez les toxicomanes de la province du nord-est. Elle est chargée par le gouvernement local, l'institut national chargé de la promotion de la santé et le ministère des Affaires sociales de fournir des données statistiques sur les activités de réduction des dommages du centre, et sur les tendances comportementales des personnes infectées par le VIH et des alcooliques/usagers de drogue par voie intraveineuse. En un an, le nombre de visiteurs (patients) est passé de 15 à 230 par mois.

" Réduire les dommages chez les toxicomanes est notre principale mission ", explique Vjatsleslav Akimov, coordinateur du centre. " Nos objectifs sont multiples : stabiliser le VIH, l'hépatite B/C et la tuberculose chez les usagers de drogue, réduire les dommages liés à la consommation de drogue dans cette communauté et contribuer ainsi à la rendre plus sûre, et encourager nos visiteurs à entamer un traitement ou une réinsertion. Le personnel du centre mène avec succès un programme d'échange de seringues et un programme destiné à assister les usagers de drogue dans leurs démarches pour récupérer des documents éventuellement perdus. Nos visiteurs peuvent bénéficier de l'aide avisée d'un psychologue, d'un travailleur social et d'un médecin. Nous avons également créé des groupes d'aide pour les personnes infectées par le VIH, afin de leur apprendre à reprendre confiance en eux et à devenir autonomes. "

Quatre-vingt pour cent des " visiteurs " du centre Allium sont séropositifs. Tous ont de graves problèmes de santé ou au regard de la loi. Ils viennent au centre soit pour trouver un endroit où se reposer, boire un café ou un thé, ou prendre une douche, soit parce que des membres de leur famille, inquiets pour eux, les y accompagnent. D'autres sont orientés vers notre centre par le service des urgences de l'hôpital central, par la police locale avec qui Allium collabore étroitement ou par le service du gouvernement local d'assistance sociale et de soins aux criminels.

Vjatchleslav pense que l'avenir de l'organisation dans les années à venir n'est pas aussi incertain que celui d'autres ONG :

" Dans un certain sens, nous sommes chanceux car nous recevons l'argent nécessaire à nos activités quotidiennes de l'institut national chargé de la promotion de la santé, le gouvernement local couvre les frais liés à la gestion de nos locaux et nous n'avons pas à nous préoccuper de notre survie. Nous avons récemment profité de l'expérience de six spécialistes formés en droit, éducation sociale et médecine dans le cadre d'un programme d'un an établi entre le gouvernement estonien et le ministère néerlandais des Affaires sociales, destiné à partager les bonnes pratiques et à améliorer nos compétences. Notre centre a la garantie de pouvoir rester opérationnel jusqu'en 2008, conformément aux obligations des participants du projet. "

Allium partage avec le gouvernement local et le ministère de l'Éducation une vocation de formation, et a pour rôle de sensibiliser les enseignants et les élèves de la province aux dangers de la drogue, de l'alcoolisme et des maladies sexuellement transmissibles. Outre les soixante cours dispensés dans le cadre de ses campagnes de prévention en milieu scolaire, Allium a soumis un questionnaire sur le VIH/SIDA à 600 enfants scolarisés âgés de 15 à 18 ans et à 300 enfants du même âge inscrits dans des centres de vacances pour adolescents. Une enquête a également été réalisée auprès des parents. Les résultats ont révélé que la plupart de ces personnes avaient très peu de connaissances sur le cycle d'infection de l'hépatite et du VIH, alors que la majorité d'entre elles avaient déjà consommé une drogue et étaient déjà sexuellement actives. Allium a communiqué ces données préoccupantes au gouvernement local en juin, conformément à sa mission d'évaluation et de surveillance. Cette dernière prévoit également qu'Allium alerte les autorités gouvernementales de la survenue de tendances ou d'obstacles empêchant le bon déroulement des programmes de l'ONG.

Le partenariat entre Allium et le département de la Criminalité du ministère de la Justice porte également ses fruits : " Nous prévoyons d'ouvrir un centre destiné à travailler avec les alcooliques. Il s'agirait d'un projet pilote. De nombreux crimes sont dus à l'alcoolisme. Une prison ouvrira ses portes dans la région dans les quatre années à venir. Actuellement, les principales prisons se trouvent à Tallinn et Tartu. Allium prend déjà des mesures pour établir des contacts entre les détenus, leurs familles et les travailleurs sociaux. De nombreux " visiteurs " d'Allium sont incarcérés dans ces prisons ou finiront par y être incarcérés. "

Après plus d'un an, Vjatchleslav pense que son concept de partenariat fonctionne bien, mais il souhaiterait de meilleurs partenariats partenariats avec les organismes d'éducation et les sociétés privées pour améliorer la qualité de vie de ses visiteurs et favoriser leur réintégration sociale. À terme, il souhaite créer des réseaux entre tous ces partenaires, pour assurer une meilleure coordination et un échange d'expériences. Outre leurs nombreuses autres activités et responsabilités, ce sont actuellement le ministère des Affaires sociales et l'institut national chargé de la promotion de la santé qui remplissent ces missions. " S'il existait une institution faisant le lien entre tous les programmes locaux, nous pourrions obtenir de bien meilleurs résultats. "

Selon lui, il existe deux défis majeurs au niveau national : (1) l'absence de consensus entre hommes politiques et officiels du gouvernement sur la réhabilitation et le retour de ces personnes à la vie normale et (2) l'absence d'une carte d'assurance-maladie avec laquelle les visiteurs d'Allium pourraient bénéficier gratuitement des services de santé du gouvernement. Il émet une autre préoccupation : il n'a aujourd'hui aucun moyen de suivre ses visiteurs, car la plupart d'entre eux sont pris en charge dans l'anonymat. Alors qu'il existe une liste des dates d'anniversaire des visiteurs d'Allium, celle-ci ne divulgue aucune information sur leur identité ou leur adresse.

" Il est frustrant de voir nos visiteurs nous ouvrir leur cœur, puis de les voir disparaître. Malgré tout, je sais que quinze toxicomanes de Tallinn et cinq de Tartu vont bien. " En quittant le centre, j'aperçois des lettres et des dessins accrochés au mur près de l'entrée. " L'un d'eux provient d'un ancien usager de drogue par voie intraveineuse qui a arrêté de consommer de la drogue après sa visite au centre Allium. Il a trouvé du travail et un logement, et veut maintenant fonder une famille. Nos visiteurs peuvent s'en sortir. Tout dépend des moyens dont nous disposons pour les remettre sur le bon chemin. "

E-mail: alliumcentr@hot.ee, Tel: +37 332 3230 / +37 505 4793

CONVICTUS Eesti

Estonia Julia Vinckler, responsable de Convictus, se souvient d'une journée glaciale de janvier 2006, lorsque la température extérieure était descendue à -30 °C. Un homme sans un sou en poche était arrivé à Convictus dans la soirée. Il était alors trop tard pour lui trouver un endroit où passer la nuit dans l'un des foyers habituels. " Nous n'avions pas d'autre solution que de lui payer une chambre d'hôtel. " Voilà un exemple classique du type de personne qui sollicite l'aide de Convictus. Il s'agit généralement de toxicomanes séropositifs ou souffrant d'hépatite B/C, d'anciens détenus ou de détenus, de personnes qui ont quitté le système scolaire et sont au chômage, de langue russe et très souvent sans domicile fixe.

Convictus Eesti est une ONG créée à Tallinn au début de l'année 2001. C'est une antenne de Convictus Bryggan Day Center, organisation qui siège à Stockholm. Elle emploie actuellement 25 personnes dédiées aux programmes suivants :

  • Un vaste programme d'échange de seringues et de conseil pour les usagers de drogue par voie intraveineuse (financé par le Fonds mondial)
  • Un groupe de soutien psychosocial pour les détenus séropositifs (financé par le Fonds mondial et le ministère de la Justice)
  • Un groupe de soutien psychosocial pour les anciens détenus séropositifs (financé par le Fonds mondial)
  • Un groupe de soutien pour les femmes toxicomanes séropositives (financé par le gouvernement estonien)


Convictus aide le gouvernement à recueillir des données statistiques précises sur l'usage de drogue par voie intraveineuse et sur l'état de santé, la situation sociale et l'environnement ethnique de ce groupe de personnes. Cette ONG oriente les visiteurs vers des centres de conseils et de tests volontaires qui pratiquent des tests anonymes de dépistage du VIH, proposent un programme d'échange de seringues à environ 600 clients réguliers sur les 1 800 visiteurs du centre, et fournissent du savon et des vêtements à environ 200 autres visiteurs.

Parallèlement à ses activités routinières de prévention Convictus éduque le grand public sur les risques de la contamination de la tuberculose et du VIH en milieu carcéral. Actuellement, le taux d'infection par la tuberculose dans les prisons est beaucoup plus élevé que dans le reste de la population. Au cours de cette année, Convictus a organisé une table ronde sur le thème des Problèmes du VIH, de la tuberculose et de l'hépatite dans les prisons estoniennes. Elle a réuni des spécialistes du Centre de maladies infectieuses de Tallinn, du ministère de la Justice, des médecins travaillant dans les prisons estoniennes, de l'institut Open Society Institute (fondation privée pour la promotion des droits de l'homme et des réformes économiques, juridiques et sociales), des travailleurs sociaux et des journalistes.

Julia Vinckler est inquiète et se demande comment Convictus pourra bien poursuivre ses activités après octobre 2007. . Elle doute que toutes seront reconduites par le gouvernement lorsque le Fonds mondial cessera de financer ses programmes.

" Avant notre adhésion à l'Union européenne, nous n'avions pas beaucoup de mal à recevoir de l'argent de donneurs internationaux, comme le Fonds mondial. Mais maintenant, le budget consacré aux pays européens a été réduit de 40 % et nous ne pouvons plus prétendre au soutien du Fonds mondial. Nous avons besoin de directives et du soutien d'autres organisations, par exemple notre organisation mère en Suède ou encore d'ONG avec lesquelles nous sommes en contact, à Saint-Pétersbourg, à Moscou et en Ukraine. Si nous pouvions percevoir un financement pendant trois ans au lieu d'un, comme c'est le cas aujourd'hui, nous pourrions mieux planifier nos activités de soutien. "

E-mail: Julia.vinckler@convictus.org, Tel: +372 5 341 0437

AIDS-I TUGIKESKUS

Estonia Ce centre de soutien et d'information sur le SIDA a été créé en 1994 dans le but de fournir des services de soutien social et de réduction des dommages à Tallinn. Une branche a ouvert ses portes à Tartu en 1995. AIDS-I Tugikeskus était la première ONG à lancer un programme pour les prostituées en 1994, un programme d'échange de seringues et un traitement par méthadone en 1997, ainsi qu'un programme en faveur de la réhabilitation des usagers de drogue par voie intraveineuse en 1998.
AIDS-I Tugikeskus possède deux bureaux à Tallinn :

  • Le premier propose des services de dépistage, des services médicaux et des services d'éducation sexuelle sur les MST pour le grand public, ainsi que des services de prévention du VIH et des MST, d'éducation en matière de protection des rapports sexuels et des services médicaux pour les prostituées.
  • Le deuxième bureau est dédié aux usagers de drogue par voie intraveineuse. Il propose des consultations par un psychologue spécialisé en narcologie, l'échange de seringues, des traitements par méthadone et la réhabilitation pour les toxicomanes dans un centre d'accueil de jour et dans un foyer situé à la campagne.

" Nos services s'adressent à tous les groupes de personnes : hétérosexuels, usagers de drogue par voie intraveineuse, prostitués, homosexuels et lesbiennes, explique Jury Kalikov, responsable du centre. " Au cours des deux dernières années, nous avons lancé deux projets : un projet consacré aux services médicaux dispensés ici aux prostituées, et un centre d'accueil qui leur fournit des préservatifs, des conseils et des installations sanitaires (douches, etc.), financés par le Fonds mondial. Le financement a toutefois été interrompu subitement, sans raison. Je suis maintenant seul avec 24 volontaires pour gérer le centre. Sans financement solide et continu, je ne peux pas engager de spécialistes à long terme. J'envisage donc une approche avec la Norvège pour remplacer l'argent versé par le Fonds mondial. "

À partir de l'année prochaine, AIDS-I Tugikeskus, comme toutes les autres ONG, devra collaborer beaucoup plus étroitement avec le gouvernement. Tous appréhendent cette évolution et les premiers signes ne sont pas vraiment encourageants. Cette année, Jury Kalikov, ainsi que treize autres ONG estoniennes, ont été invités pour la première fois à réfléchir ensemble, avec le gouvernement, sur les dépenses de santé publique de 2006. Leur première impression a été qu'un certain nombre d'allocations semblaient inadaptées, alors que d'autres domaines n'étaient pas suffisamment financés. Les ONG ont donc émis conjointement de nombreuses propositions visant à améliorer la répartition du budget. Mais dans la version préliminaire du budget distribuée aux participants, de nombreuses modifications avaient été apportées aux propositions émises par les ONG au cours de cette table ronde. Jury, à l'instar de ses collègues d'autres ONG, n'en revient pas. Ce type d'incident ne présage pas un partenariat efficace et serein entre les ONG et le gouvernement dans les années à venir.
Il pense que le budget alloué à la lutte contre le VIH est vital en raison de l'arrêt du financement par le Fonds mondial. Et les domaines qu'il aimerait voir à l'ordre du jour du gouvernement sont nombreux :

Prostituées

"" Il n'existe aucune loi nationale sur les prostituées, , dont le nombre devrait passer de 1 500 à 3 000 dans les cinq prochaines années. Le gouvernement veut imiter le modèle suédois et finlandais qui prévoit l'incarcération des clients des prostituées. Mais cette mesure ne mettra pas un terme à la prostitution, elle ne fera que la masquer. Si elle est appliquée, les prostituées quitteront les zones couvertes par des programmes sociaux, et il sera alors encore plus difficile de les conseiller et de les traiter, si nécessaire. Encore plus alarmant, nous ne pourrons plus surveiller l'infection. Au lieu de cela, nous devrions intensifier nos efforts pour maintenir cette population sous étroite surveillance. "

Réhabiliter les usagers de drogue par voie intraveineuse

La loi interdit aux ONG de dispenser des traitements antirétroviraux à leurs patients sous méthadone, alors que leur efficacité est connue. Elles n'ont pas encore réussi à convaincre le gouvernement que les patients qui ne consomment plus de drogue pendant un certain temps retrouvent la confiance en soi, commencent un traitement et parviennent à se réinsérer dans la société. Jury aimerait que le gouvernement introduise de nouvelles initiatives, par exemple l'instauration de traitements antirétroviraux chez des patients sous méthadone dans le cadre de leur programme de réhabilitation. Parallèlement, les ONG doivent jeter un pont avec les services des maladies infectieuses des hôpitaux pour traiter intégralement leurs patients, au lieu de les orienter de façon individuelle, comme c'est le cas actuellement.

Augmentation du VIH chez les partenaires féminines

L'une des autres préoccupations des ONG est l'augmentation du nombre de jeunes femmes instruites, n'ayant jamais consommé de drogue, mais contaminées par leurs partenaires L'an dernier, le nombre de jeunes femmes séropositives a pour la première fois dépassé le nombre d'hommes séropositifs. Nombre de ces femmes sont susceptibles de transmettre l'infection à leurs bébés sous peu. Ce groupe émergeant est une nouvelle claque pour ceux qui pensent que l'épidémie de VIH/SIDA est sous contrôle en Estonie…

Entretiens, photos et article S. d'Aurelle de Paladines, Editeur : Fiona Hall.





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Article du Mois
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