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RETROVIROLOGIE BIOLOGIQUE, SENEGAL
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HIV@MSD vous propose de faire le point en quinze questions sur une initiative menée depuis deux ans à Dakar, dans le domaine de la Rétrovirologie Biologique. Ses coordinateurs, le Pr Souleymane MBOUP, Service de Bactériologie-Virologie au CHU Le Dantec, à Dakar, Sénégal, et le Pr Laurent BELEC, Unité de Virologie à l'Hôpital Georges Pompidou, à Paris, France, partagent avec nous leurs espoirs et leurs défis dans ce domaine de recherche.

Le Dantec Hospital
Source CHU Le Dantec. Pr S. Mboup (à gauche) et le Dr D. De Korte (MSD)

Vous avez organisé le second cours de Rétrovirologie Biologique à Dakar du 1er au 27 mars 2007 pour 31 candidats francophones de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique Centrale.

Q1. Pouvez-vous nous rappeler brièvement le rôle de la Rétrovirologie Biologique dans la prise en charge des patients infectés par le VIH?

La rétrovirologie biologique révèle la sérologie de dépistage et de confirmation de l'infection à VIH, informe le biologiste sur l'évolution du nombre des lymphocytes T CD4 (résistance du système immunitaire) et la courbe de la charge virale plasmatique du VIH (pouvoir d'attaque du virus sur le système immunitaire) chez le patient. Elle aide au suivi du traitement antirétroviral avec le dosage des molécules et la réalisation d'un profil de résistance aux antirétroviraux. Elle permet le diagnostic biologique des infections opportunistes et la surveillance épidémiologique des résistances aux virus.

Q2. On parle souvent de marqueurs biologiques en rétrovirologie biologique. Que sont-ils, et quelle est leur utilité?

De nombreux marqueurs biologiques permettent de prendre en charge correctement un malade infecté par le VIH :
- Sérologie de dépistage et de confirmation de l'infection à VIH
- Diagnostic de l'infection à VIH chez l'enfant
- Marqueurs biologiques de suivi :
    Numération des lymphocytes T CD4
    Charge virale plasmatique du VIH
- Suivi du traitement antirétroviral
    Dosage de molécules
    Génotype de résistance aux antirétroviraux
- Diagnostic biologique des infections opportunistes
- Surveillance épidémiologique des résistances (génotypes)

Ces marqueurs doivent être réalisés dans un contexte de compétences biologiques "élargies":

  • Bonnes pratiques de laboratoire
  • Chaîne du froid
  • Contrôle de qualité interne et externe
  • Utilisation des marqueurs en pratique clinique
  • Maintenance et réparation des appareils de biologie
  • Validation des trousses de réactifs en conditions de terrain
  • Procédure d'approvisionnement (appel d'offre), transport, paiement, stockage des réactifs;

    En fait, ils permettent de guider le clinicien tout au long des étapes complexes de la prise en charge du malade infecté, incluant la prise en charge thérapeutique, la prévention et la gestion de l'échec thérapeutique.

    Q3. Pourquoi la place des marqueurs biologiques dans le suivi du patient est-elle souvent minimisée dans les pays en voie de développement?

    Les raisons de ce recul par rapport aux pays du Nord sont entre autres historiques et économiques.

    Au début les patients venaient voir leur médecin traitant à un stade tardif de la maladie. Quasiment tous étaient symptomatiques et devaient être mis sous traitement sans délai pour les maintenir en vie. La nécessité d'avoir recours à la rétrovirologie biologique pour savoir où en était le patient n'était donc pas une priorité.
    Maintenant, un grand nombre de patients se fait dépister à un stade plus précoce. Un suivi biologique permet de contrôler leur charge virale et leur nombre de CD4, jusqu'au moment propice de l'initiation du traitement, ou lorsqu'un changement de traitement s'impose suite à de mauvais résultats biologiques. L'importance de la rétrovirologie biologique devient de plus en plus évidente, ici aussi, mais elle se heurte à la raison économique.

    Les équipements, et surtout les réactifs vendus en Afrique sont encore trop chers pour une pratique de ces examens à grande échelle. Il est souvent moins onéreux pour un hôpital d'envoyer les échantillons dans un centre à l'étranger, pour analyse.
    L'impression qu'il est plus efficace et plus rentable de faire les tests ailleurs qu'en Afrique contribue au questionnement quant à la nécessité d'utiliser les marqueurs en Afrique, puisqu'a priori elle se débrouille sans cela.

    Les mentalités sont en train de changer néanmoins et l'Organisation Mondiale de la Santé a renforcé récemment (août 2006) le rôle de la biologie, et notamment des marqueurs immunologiques et virologiques pour la prévention et la gestion de l'échec thérapeutique, tant chez l'adulte que chez l'enfant.

    Le Dantec Hospital
    Source CHU Le Dantec. Pr L. Belec (à gauche) et Pr S. Mboup (à droite)


    Q4. Pour quelle raison avez vous créé une formation en rétrovirologie biologique?

    Notre expérience nous a montré qu'il existait une réelle carence en Afrique dans le domaine de la biologie. Dans le meilleur des cas, lorsque les analyses sont faites localement, on ne réalise que des bilans de base, faute de moyens et de personnel. Les compétences, et particulièrement en rétrovirologie biologique, font cruellement défaut à l'heure où nous espérons décentraliser les soins du VIH/SIDA. Nous avons décidé qu'il était urgent de renforcer les capacités locales avec l'appui de nos collègues africains et européens.

    Q5. Qui sont les autres membres de votre équipe de formateurs?

    Nous comptons dans notre équipe:
  • Le Pr Eric Delaporte du CHU de Montpellier, France
  • Pr Mireille Dosso, CHU de Treichville, Abidjan, Côte d'Ivoire
  • Pr Luc Kestens, Institut de Médecine Tropicale d'Anvers, Belgique
  • Dr Jean-Elie Malkin, ESTHER, Paris, France
  • Pr Papa Salif Sow, CHU Fann, Dakar, Sénégal,
  • Dr Guy-Michel Gershy-Damet, OMS-Afro, Burkina Faso,
  • Dr Mariam Kassambara Sow, Sécuriser le Futur, Mali

    Chacun fait bénéficier les étudiants de ses compétences et de son expérience. En fin de compte, c'est le patient qui sera le grand gagnant car il sera mieux suivi par son médecin.

    Actuellement, les principaux bailleurs du Diplôme d'Université de Dakar sont ESTHER, Sécuriser le Futur, l'Organisation Mondiale de la Santé, ainsi que quelques laboratoires engagés dans le domaine du monitoring biologique en Afrique.

    Q6. Comment sélectionnez-vous les candidats pour ce cours?

    Cent trois candidatures de quinze pays d'Afrique (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée Conakry, Haïti, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, République Centrafrique, République Démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo) ont été reçues.
    Trente et une candidatures de quinze pays ont été choisies pour participer au DU (Diplôme Universitaire) de Dakar 2007.
    Le comité a travaillé sur une nouvelle grille d'évaluation qui a permis en premier lieu de départager les candidats en prenant en compte les critères de sélection suivants :

    Formation/3
    Utilisation effective du cours/3
    Phase avec le Programme National ARV/1
    Programme ESTHER SLF ou autre/1
    Appréciation Dossier/2


    Ces premiers critères de sélection ont permis de choisir tous les candidats qui avaient une note comprise en 7 et 9 sur 10.
    Ensuite, une deuxième sélection a été faite par rapport aux candidatures par pays en se fixant un nombre maximal de candidats par pays.

    Q7. Combien de candidats avez-vous formé sur deux ans?

    61 candidats

    Q8. En quoi consiste ce cours, et quels sont ses objectifs?

    Ce cours de rétrovirologie biologique, dispensé en français par d'éminents spécialistes africains et européens du VIH, est une formation internationale sur quatre semaines, qui se partage entre les enseignements magistraux, dirigés et tables rondes, et les travaux pratiques. Le programme comprend six modules. La formation est validée par un diplôme de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal.
    A l'issue de ce cours, un stage d'approfondissement de 1 à 3 mois sera proposé à trois étudiants dans un laboratoire d'accueil, sous la direction d'un Maître de stage qui fait partie de notre équipe de formateurs. Il se terminera avec la soutenance d'un mémoire.

    Ses objectifs sont au nombre de trois:
  • Former et permettre à des biologistes et techniciens supérieurs de laboratoire de réaliser et d'interpréter de façon fiable les marqueurs biologiques nécessaires à la prise en charge des malades infectés par le VIH en Afrique,
  • Offrir une plateforme d'échanges entre les biologistes et les cliniciens pour une meilleure gestion du malade au niveau de sa prise en charge thérapeutique et de son éventuel échec thérapeutique
  • Développer un réseau international de compétences en suivi biologique, dans l'optique d'une coopération Nord-Sud et Sud-Sud.

    Q9. Quels sont les thèmes abordés dans ces six modules?

    Le 1er module est consacré au diagnostic de l'adulte et de l'enfant
    Le 2ème, aux lymphocytes T CD4,
    Le 3ème, à la charge virale
    Le 4ème à l'échec thérapeutique et aux résistances
    Le 5ème à la co-infection VIH-Hépatites virales
    Et le dernier à l'organisation du laboratoire.

    Q10. Les étudiants ont-ils des supports de cours pour les aider dans leurs travaux?

    Oui, depuis cette année, ils ont à leur disposition un site Web www.rarslbv.org dédié à la rétrovirologie biologique en Afrique. Il sert de lien entre les enseignants et les étudiants qui à tout moment peuvent poser une question pour mieux apprendre ou mieux réviser. Nous allons également donner accès à ce site aux personnels médical et paramédical, non biologistes, mais impliqués dans la lutte contre le VIH/SIDA dans les pays du Sud, après inscription.
    L'autre support de cours est un CD-Rom contenant l'intégralité du cours qui est remis aux étudiants, chaque année.

    Senegal


    Q11. Comment le biologiste en rétrovirologie s'intègre-t-il au sein de l'équipe soignante?

    Le biologiste en rétrovirologie doit pouvoir guider le clinicien dans le choix d'options lors d'étapes complexes de la prise en charge du patient, que se soit lors de la prise en charge thérapeutique, ou en cas d'échec thérapeutique. Il apporte les preuves nécessaires à la prise de décision. Son rôle trop souvent jugé complémentaire, est en fait primordial et chaque hôpital devrait idéalement être doté d'un laboratoire spécialisé en rétrovirologie.

    Q12. Que faudrait-il pour qu'un tel scénario soit possible?

  • Il faudrait tout d'abord augmenter les crédits gouvernementaux ou trouver des co-financements avec les agences de recherche pour financer les équipements nécessaires aux tests ainsi que leur maintenance, et financer aussi la formation de personnel spécialisé.
  • Il faudrait ensuite que les produits utilisés soient moins coûteux pour que leur utilisation soit élargie au maximum des possibilités du pays. Nous avons vu une baisse du coût des médicaments, pourquoi ne pas envisager une baisse du coût des réactifs?
  • Il faudrait que les trousses diagnostiques soient repensées par leurs fabricants pour être en meilleure adéquation avec le contexte des pays en développement. En Afrique, ceci impliquerait :
    - que le prix soit abordable
    - que l'on puisse diagnostiquer réellement les pathologies africaines
    - que l'on réduise le coût actuellement élevé du diagnostic chez l'enfant - voire qu'il soit subventionné par les décideurs.
  • Il faudrait enfin que les étudiants qui ont suivi nos cours, deviennent les avocats de la rétrovirologie biologique au niveau des instances locales de santé et s'affirment au niveau international en prenant part à des conférences et en publiant leurs travaux dans des revues de renommée internationale. En Afrique, trop peu de personnes ont encore le reflexe de publier les résultats de leurs recherches.

    Q13. Existe-t-il d'autres cours similaires au vôtre dans d'autres pays Africains?

    Il n'existe pas d'autres cours strictement focalisés sur le laboratoire et le monitoring biologique de l'infection à VIH. D'autres diplômes universitaires ou inter-universitaires existent, comme le DU de Ouagadougou, Burkina Faso* mais ils s'adressent plus volontiers aux cliniciens.

    Q14. Que souhaiteriez-vous dire aux futurs étudiants Africains en rétrovirologie biologique?

    Nous souhaiterions les encourager dans leur choix de carrière. Il faut qu'ils soient de plus en plus nombreux et de plus en plus performants. L'Afrique à de jeunes talents; elle a besoin de personnel de qualité qui reste au pays. Faisons en sorte, avec nos partenaires internationaux, que les jeunes biologistes Africains trouvent leur place dans notre société et renforcent nos efforts dans la lutte contre le VIH/SIDA. . Il s'agit incontestablement d'une discipline d'avenir.

    Q15. La prochaine CISMA aura lieu à Dakar en 2008. Souhaitez-vous donner un accent particulier à cette discipline pendant la conférence?

    La 15ème CISMA revêt 3 dimensions (Scientifique, Communautaire, Leadership).
    La rétrovirologie biologique sera abordée à travers le programme scientifique et le programme de leadership qui prendra en compte tous les aspects de la lutte contre l'infection à VIH.
    La 15ème Conférence sera un lieu d'échange et de convergence des idées sur tous les points du VIH Sida et elle verra la participation de scientifiques de renommée mondiale ainsi que d'une bonne partie des scientifiques sénégalais.
    Elle offrira un cadre de concertation, de partage d'expériences, et d'évaluation des acquis de la recherche et de la prise en charge, dans le domaine du VIH/SIDA et des Infections Sexuellement Transmissibles en Afrique.

    * IUD Octobre 2006:
    www.hiv-msd.info/partnerships/Burkinafaso/burkinafaso.php

    LBV

    Prochain cours: Dakar, 3 Mars - 2 Avril 2008
    Date limite d'inscription: 16 Décembre 2007

    Interview et article par Sophie d'Aurelle de Paladines.


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    Article du Mois
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