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Comment trouver les mots justes pour parler du SIDA
en xhosa…? Un véritable défi.
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Au Zimbabwe, à la fin des années 1990, telles étaient les affiches que les jeunes femmes célibataires ou non, et les jeunes filles, pouvaient voir sur le chemin de l'école, dans les hôpitaux et dans les zones commerciales de la ville de Gweru:

LES FILLES !
- Évitez les rapports sexuels, la drogue et les vieux protecteurs
- Faites preuve de bon sens : le SIDA est une réalité
- Vous êtes des filles sensées : dites " NON " au sexe
- Dites aux hommes : " Vous ne pouvez pas vous servir de moi "
- Attention ! Il est stupide de céder à la tentation du sexe
- QUI a dit qu'une relation sexuelle était forcément suivie d'un mariage ?
- Cédez à ses avances et il vous laissera tomber.
- Relation sexuelle précipitée : SIDA assuré.
- Votre corps vous appartient : prenez-en soin !
- Réfléchissez, refusez, soyez ferme, VOUS êtes INTELLIGENTE : assurez votre avenir !


Il s'est avéré que les messages de ces affiches étaient mal compris car au lieu d'être en ndébélé ou en shona, les langues les plus parlées au Zimbabwe, ils étaient rédigés en anglais. Selon Shiripinda (2003), l'organisme qui a imprimé les affiches les destinait à la fois aux adolescentes et aux jeunes femmes célibataires. Malheureusement, les messages n'ont pas été compris de cette façon pour des raisons linguistiques. C'est tout d'abord le terme" fille " qui a posé un problème. En shona, les filles de moins de 18 ans sont appelées vasikana (vierges non mariées). Cependant, les jeunes femmes non mariées âgées de plus de 18 ans sont appelées différemment (tskikombi). Alors que les affiches étaient destinées à l'ensemble des femmes non mariées, les femmes célibataires interrogées à ce propos considéraient que ces messages, au ton informel et familier, s'adressaient uniquement aux adolescentes, le terme " filles " étant employé. Cette incompréhension est regrettable, d'autant que de nombreuses jeunes filles de plus de 18 ans ont une vie sexuelle active, souvent avec des hommes plus âgés, et que leur taux d'infection par le VIH a atteint 14,7 % en 2005 (1).



(1) Femmes, âgées de 15 à 24 ans. UNAIDS 2006.

Cet incident illustre bien les problèmes linguistiques auxquels sont confrontés les organismes chargés d'éduquer, de défendre et de conseiller les personnes à propos du VIH/SIDA dans les pays où la majeure partie de la population parle des langues non européennes.

Lutter contre le VIH et le SIDA en communiquant dans des langues rares

Dans d'autres parties du monde, il arrive que la langue officielle d'un pays soit une langue européenne mais que la majorité des habitants, en particulier les moins instruits, parle une version créole ou pidgin de la langue officielle. Ce phénomène a de lourdes implications sur les stratégies d'éducation, de sensibilisation et de conseil en matière de VIH/SIDA. En 1991, selon Royes (1999), le ministère jamaïcain de la Santé a demandé à un chercheur indépendant de réaliser une étude sur les problèmes de VIH/SIDA chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (MSM, Men Who Have Sex with Men). Il faut noter que, en raison de l'utilisation aujourd'hui très répandue du créole jamaïcain et d'un jargon issu des sous-cultures gay et urbaine, une partie des personnes interrogées n'a pas compris certains termes et concepts utilisés en anglais standard. Cette observation s'est vérifiée en particulier chez les hommes jeunes et d'un faible statut socio-économique. Ces participants ont eu du mal à comprendre certains termes courants tels que monogamie, VIH, MST et vagabondage sexuel. Pour cette raison, les termes ont été soit traduits par les personnes menant l'entretien, soit interprétés en fonction du sens général du concept concerné. Il faut également savoir que les mots " homosexuel " et " hétérosexuel " sont relativement nouveaux pour la plupart des Jamaïcains, en particulier pour le grand public. Le chercheur a cependant demandé aux personnes interrogées si elles se considéraient comme " hétéro ", " homo ", ou " bisexuel " et les hommes n'ont généralement eu aucune difficulté à se définir par l'un de ces termes plus familiers. L'évaluation formative de cette étude a permis d'identifier les noms indigènes communément utilisés :

Tableau 1 : Sélection de termes liés à la sexualité en créole jamaïcain et en anglais standard

Termes en créole jamaïcain Signification (en anglais standard)
Batty Man Décrit l'acte physique entre deux hommes homosexuels (" buttocks man ")
Sodomite Lesbienne
Sport Homme homosexuel
"Him, a such" " Il en est "
-Spanish machete;
-Razor Blade;
-Him cut 2 sides

Bisexuel
-A friend of Dorothy's;
-A member of the church;
-He plays cricket.
Personne homosexuelle

Source: Royes (1999)

Le Nigeria, qui compte plus de 200 langues indigènes, connaît une situation similaire. L'anglais britannique standard y a été imposé par l'administration coloniale et demeure la langue officielle de cette république fédérale. Cependant, le pidgin-english s'y est progressivement développé, les personnes les moins instruites ayant d'abord affaire à l'administration coloniale puis à des personnes parlant des langues issues d'autres parties du Nigeria. De ce fait, le pidgin-english est la lingua franca non officielle du Nigeria. Le pidgin-english est la langue la plus utilisée dans les discussions sur le SIDA, y compris pour la sensibilisation et le conseil, sur l'île de Bonny, une zone à haute prévalence du VIH située près du delta du Niger. Même si l'ibani est la langue indigène de l'île de Bonny, la présence de milliers d'immigrés venus d'autres régions du Nigeria rend nécessaire l'utilisation du pidgin-english pour les discussions générales à propos des problèmes liés au SIDA. Voici un rapide aperçu de la terminologie utilisée pour parler du VIH/SIDA, avec une comparaison des termes en anglais standard, en pidgin-english, en ibani et en igbo.

Tableau 2 : Sélection de termes liés à la sexualité en pidgin nigérian, en ibani et en igbo

Anglais standard (français) Pidgin-english Ibani Igbo
AIDS AIDS, 8 + 1, earthquake Kini- baba - obi Oria Ojo
Abstinence Hold body Bu-olo jide owein
Condom (préservatif) Rubber, blom-blom, rain coat Su  
Treatment (traitement) Treatment Obi-gwo Igwo-oria
Prostitute (prostitué) Ashawo, Ogbongidi Sefibo Akuna kuna
Prostitution Hustling; night duty Sefi  
Unfaithful (infidèle) waka waka Amawangi Onyegarin garin
Sexually Transmitted Infection (infection sexuellement transmissible) ghono   Nshi Nwanyi
Faithful (fidèle) One man one woman    
Sex workers' clients (black) (clients (noirs) des prostitués) (2) saikrokro    

(2) La prostitution prolifère sur l'île de Bonny, peuplée en grande majorité d'hommes travaillant dans l'industrie du gaz et du pétrole, qui vivent éloignés de leur famille. Les prostitués locaux font la distinction entre leur clients africains et leurs clients européens (plus riches et donc plus recherchés). Les blancs sont en général appelées oyibo en pidgin-english.

Source : Projet Ibani-se VIH/SIDA, Île de Bonny, Nigeria

Lorsqu'il s'agit de favoriser la prévention du SIDA chez les habitants locaux ou les agents de sécurité immigrés qui patrouillent dans les infrastructures de pétrole et de gaz, il est essentiel de choisir la terminologie appropriée. Il est plus efficace de parler de " hold body " si l'interlocuteur n'est pas marié ou de " one man, one woman " s'il l'est ou s'il entretient une relation monogame que de prêcher " l'abstinence " ou la " fidélité " en ces termes.


Rôle de la sociolinguistique dans la mise en place d'une terminologie relative au VIH/SIDA appropriée

Il est délicat de parler de sujets liés au SIDA, et cela nécessite d'employer une terminologie qui ne risque pas d'offenser ou de dérouter les personnes qui lisent les documents ou assistent aux réunions et aux sessions de conseil concernant le VIH et le SIDA. Au début de l'épidémie de VIH/SIDA, des documents encourageant le port du préservatif et la sensibilisation au SIDA ont été distribués en Amérique du Nord et en Europe occidentale, où les normes en matière de justesse linguistique et culturelle étaient souvent radicalement différentes de celles de la plupart des autres cultures du monde.

Développement d'une terminologie relative au VIH/SIDA en Afrique du Sud

La terminologie scientifique et technique permettant aux personnes de parler de sujets sexuels et anatomiques sans se sentir gênés ou offensés avait déjà évolué dans les pays occidentaux bien avant l'apparition de l'épidémie de VIH et de SIDA. Par exemple, l'anglais dispose d'au moins trois niveaux de langues pour parler de sujets relatifs à la sexualité, à savoir le registre vulgaire ou obscène, poli ou social, et scientifique ou technique. D'un autre côté, selon Crawhall (1999), la plupart des cultures sud-africaines interdisent ou limitent l'emploi en public d'un langage sexuellement explicite. Dans les cultures ngunis (3) par exemple, il existait des règles traditionnellement très strictes concernant le langage et le genre en ce qui concerne les sujets d'ordre sexuel.

(3) Le peuple nguni d'Afrique du Sud inclut les Zoulous, les Xhosas et les Ndébélé, qui sont répartis dans tout le pays (SouthAfrica.com, 2007).

L'importance du respect, appelé ukuhlonipha, lors d'une conversation avec un aîné ou une personne du sexe opposé rendait difficile toute discussion détaillée sur les pratiques sexuelles ou l'anatomie. C'est pour cette raison qu'au début de l'épidémie, les éducateurs sud-africains sur le SIDA se sont sentis obligés de s'autocensurer pour éviter d'offenser les gens en utilisant la terminologie anglaise. En utilisant les langues indigènes, les éducateurs ont dû faire face à la difficulté d'être sexuellement explicites et précis tout en évitant de faire fuir le public en l'offensant. Au cours de discussions sur la transmission du VIH, les participants ayant choisi un registre tellement peu explicite qu'il en devenait obscur se sont vus demandés d'être plus précis et d'employer les mots justes. Par exemple, un participant faisait référence à la pénétration sous le terme ukwabelana isondo (littéralement : partager un petit bout de drap). Ce terme poli est largement compris en xhosa, et est de plus en plus fréquemment utilisé en public dans le cadre de l'éducation sur le SIDA. Il s'oppose à des termes plus vulgaires (c'est à dire moins respectueux) tels que ukulalana (coucher ensemble).

Selon Crawhall, des ateliers ont rassemblé des travailleurs sociaux, du personnel médical et d'autres personnes concernées afin de mettre en place une terminologie acceptable en langues locales pour parler du VIH/SIDA. Les discussions étaient placées sous le signe de la collaboration et le coordinateur devait encourager les participants occasionnels à être plus explicites, pour que tout le monde comprenne clairement, par exemple, où allait tel ou tel fluide durant tel acte sexuel. Qu'ils parlent d'isondo en xhosa ou d'" intercourse " (rapport) en anglais, il été demandé aux participants d'être aussi précis que possible. Le coordinateur leur demandait par exemple, " Que s'est-il passé ? ". S'étant engagés à être ouverts d'esprit et à adopter un registre dans lequel ils se sentaient relativement à l'aise, les participants parvenaient à se montrer beaucoup plus précis. Par exemple, ils disaient : indoda ifaka ubhuti kusisi (littéralement : l'homme met son frère dans la sœur) ou, en anglais, " the man puts his penis in the vagina " (l'homme introduit son pénis dans le vagin).



Crawhall fait également remarquer qu'il existe un autre registre en xhosa, dans lequel une personne dirait : indoda ifaka incanca enyweni (littéralement : l'homme introduit son pénis dans le vagin). Cependant, ces termes sont généralement considérés comme irrespectueux, et ne sont jamais utilisés pour parler à quelqu'un à qui l'on doit le respect. L'utilisation de tels termes dans les ateliers serait susceptible d'offenser considérablement les participants. D'un autre côté, l'utilisation de termes tels que" frère " et " sœur " à la place de " penis " (pénis) et " vagina " (vagin) en anglais paraissait évasive. En Europe ou en Amérique du Nord, une personne employant de tels termes serait sommée d'utiliser une terminologie plus spécifique et d'arrêter de " tourner autour du pot ". L'équipe de l'atelier s'est rendu compte qu'il était important de laisser les participants choisir eux-mêmes une terminologie respectueuse, qu'ils assumaient. D'un point de vue linguistique et sémantique, le recours à une approche sociolinguistique pour encourager le port du préservatif ne nécessite pas de forcer les participants à abandonner les euphémismes si ceux-ci sont suffisamment précis. Les conséquences culturelles du non-respect des normes sociolinguistiques en anglais et en xhosa ne doivent pas être considérées comme équivalentes. Il existe une différence considérable entre les distinctions faites en anglais entre le registre médical, le registre vulgaire et les euphémismes mièvres d'un côté et les distinctions faites en xhosa entre un langage respectueux et irrespectueux de l'autre.

Développement et utilisation d'une terminologie pour les travaux sur le VIH/SIDA en Côte d'Ivoire

Bien que le français soit la langue officielle de la Côte d'Ivoire, les habitants de ce pays parlent plus de 60 langues locales et régionales (4) . En dépit d'une multitude de sources d'information francophones sur le VIH/SIDA, la plupart de ces informations n'ont pas atteint les segments les plus vulnérables de population.


(4) L'auteur remercie M. Kouassi Yeboua du REPMASCI (Réseau des professionnels des médias, des arts et du sport) pour lui avoir fourni des documents internes concernant l'utilisation des langues ivoiriennes dans les travaux sur le VIH/SIDA.

Ainsi, afin de s'assurer que les messages sont reçus, le Réseau des Professionnels des Médias des Arts et du Sport (REPMASCI) s'implique largement dans le développement de glossaires de termes culturellement acceptables et compréhensibles destinés à être utilisés lors des campagnes de sensibilisation, d'éducation et de conseil en matière de VIH/SIDA. Le PEPFAR (Plan d'Urgence du Président des États-Unis contre le SIDA) a financé la création de lexiques relatifs au VIH/SIDA dans seize langues indigènes, grâce à une subvention de 95 000 $ qui a contribué au lancement, à la production et à la diffusion de ces lexiques. En combinant des mots, en attribuant une signification nouvelle à d'anciens termes et en en créant de nouveaux, des comités d'experts linguistiques sont parvenus littéralement à donner à la population les mots pour parler du VIH/ SIDA. Par exemple, en abbey (langue parlée sur la côte), le nouveau mot pour désigner le VIH/SIDA est m'piaharele orogba, littéralement " une maladie du sang ", tandis qu'en baoulé, langue parlée dans le centre de la Côte d'Ivoire, " n'zissikoklo " signifie mourir lentement d'une maladie. Le REPMASCI travaille actuellement en collaboration avec des radios en langues indigènes, ainsi qu'avec des agents de vulgarisation agricole, des enseignants et des chefs de villages afin d'encourager l'utilisation de ces lexiques chez les populations rurales et mal desservies (PEPFAR, 2005). Le tableau ci-dessous présente des exemples du lexique du REPMASCI en malinké :

Tableau 3 : Sélection de termes liés au VIH/ SIDA en anglais standard et en malinké

Anglais Malinké (5) Traduction littérale (6)
SIDA Jatigifaga bana " la maladie qui tue son hôte "
Virus Ninfarinnin " ce petit organisme "
The development of AIDS (le développement du SIDA) Jetigifagabana banbali " attraper la maladie dont on ne guérit pas "
To use a condom (utiliser un préservatif) Ka mananin don " enfiler le petit [objet] en plastique "
An infected person (une personne infectée)   " la personne qui porte le germe de la maladie "
HIV-negative (séronégatif) Jatigifagabannantan " l'hôte qui ne peut pas être tué "
HIV- positive (séropositif)   " l'hôte qui peut être tué "
Sexual transmission (transmission par voie sexuelle)   " le moyen matériel "
Transmission through blood (transmission par voie sanguine) jori sira " par le sang "

(6) REPMASCI, Extrait du document de lexique VIH-SIDA en langues nationales.
(7) Explication des termes en Malinké : communication personnelle, Gérard Diarra, Paris, 07/12/2007 et Fana Tangara, Bamako, 08/12/2007

Source : le REPMASCI, traduit en anglais par l'auteur.

Le REPMASCI et ses partenaires ont choisi de se concentrer sur les 16 langues les plus parlées en Côte d'Ivoire. Deux d'entre elles, le baoulé et le malinké (7), sont en fait parlées par un très grand nombre de personnes partout dans le pays. C'est pour cette raison que les sessions de sensibilisation, d'éducation et de conseil sont proposées dans la langue locale principale mais également en baoulé et en malinké . Par exemple, les langues employées dans le cadre des travaux sur le VIH/SIDA dans le sud de la Côte d'Ivoire sont les suivantes :


(7) Le peuple Baoulé fait partie du groupe ethnique des Akan et vit dans le centre de la Côte d'Ivoire. Les Malinkés font partie du groupe ethnique des Mandingues. Environ 7 750 000 Malinkés sont dispersés dans toute l'Afrique de l'Ouest (Wikipédia).

 

Tableau 4 : Utilisation des langues locales et autres langues dans le cadre des travaux sur le VIH/SIDA dans le sud de la Côte d'Ivoire

Zones Langue locale Autres langues
Centre-Ouest Bété + Baoulé and Malinké
Est Agni and Abron + Baoulé and Malinké
Sud-Ouest Kroumen + Baoulé and Malinké
Sud Lagunaire Adjoukrou + Baoulé and Malinké

Source: REPMASCI

L'un des principaux protagonistes des travaux sur le VIH/SIDA dans les zones rurales est l'ANADER (Agence Nationale de Développement Rural) de la Côte d'Ivoire, qui bénéficie d'un réseau très développé dans le sud du pays. La méthodologie suivante a été développée par le REPMACSI pour contribuer aux campagnes de sensibilisation, d'éducation et de conseil relatifs au VIH/SIDA organisées par l'ANADER.

Au niveau du village, l'ANADER sélectionne trois conseillers communautaires (dont une femme) qui font partie des comités anti-SIDA des villages. Les conseillers sont formés sur un certain nombre de sujets, notamment les techniques d'information, d'éducation et de communication, les conseils et tests volontaires (VCT), la prise en charge des enfants vulnérables et orphelins du SIDA (OVC) et la PTME (prévention de la transmission mère-enfant), et sont donc plus qualifiés que les autres membres des comités anti-SIDA du village. Les conseillers du village jouent un rôle de pairs éducateurs et d'interprètes en orchestrant toutes les réunions concernant le VIH (projection de films de sensibilisation, tests VIH proposés par des unités mobiles, conseils pré et post-tests, identification des OVC, etc). En général, les réunions se déroulent uniquement entre personnes du même sexe. Certaines sessions de sensibilisation pour les hommes ont par exemple lieu dans les champs. Les conseillères communautaires peuvent organiser certaines réunions réservées aux femmes afin de leur présenter le préservatif féminin et de les encourager à poser des questions de façon ouvertes sur des problèmes liés au VIH/SIDA. La connaissance de la terminologie du VIH/SIDA dans la langue locale est essentielle à la réussite de ces réunions.

Dans le cadre du processus de formation, les conseillers sont testés afin de s'assurer qu'ils sont précis et ont une bonne compréhension des termes. Les formations dispensées aux conseillers par le REPMASCI et l'ANADER incluent un test de traduction composé de phrases telles que :

Traduisez les textes suivants [rédigés en français] en langues locales en faisant attention au sens des mots soulignés. (en vert)

Texte n°1 : les voies de contamination

Le virus du SIDA (VIH) se transmet d'une personne infectée à une personne saine par trois principales voies.

Ces voies sont : la voie sexuelle, la voie sanguine, la voie Mère-enfant.

Texte n°2 : Conditions de transmission

Une personne infectée par le VIH et qui a des rapports sexuels avec une autre personne sans utiliser de préservatif peut transmettre le virus à ce partenaire.

Le REPMASCI et l'ANADER sont satisfaits des résultats de la formation. L'exercice de traduction n'a pas vraiment posé de problème étant donné que la formation était réalisée à la fois en français et en langues locales. Les conseillers communautaires sont choisis pour la formation par l'ANADER, en fonction de leur connaissance du français et des langues locales.

Diagramme 1 : Applications pratiques des langues locales dans le cadre des travaux sur le VIH/SIDA dans les zones rurales de Côte d'Ivoire

Les formateurs du REPMASCI

dispensent une formation sur la terminologie liée au VIH/SIDA aux
agents régionaux de l'ANADER, qui dispensent eux-mêmes cette formation aux
conseillers communautaires, qui
organisent des activités de sensibilisation et d'éducation à propos du VIH/SIDA
à l'échelle locale :
PLAIDOYER : activités qui concernent surtout les décisionnaires et les personnes influentes : chefs de villages, notables ; efforts afin d'interdire des pratiques traditionnelles mais à risque telles que forcer les veuves à épouser le frère de leur défunt mari, ou les jeunes sœurs à épouser le mari de leurs sœurs aînées décédées.
DISCUSSIONS DE GROUPES : sur les MST et autres sujets relatifs au VIH/SIDA, organisées en groupes d'hommes ou de femmes de la même tranche d'âge et ayant des centres d'intérêts professionnels ou personnels communs.
VISITES À DOMICILE : visites dans des familles pré-identifiées comme étant infectées par le VIH/SIDA, des conseils étant dispensés aux membres de la famille le cas échéant.
SKETCHES : présentés à l'occasion de cérémonies et de rassemblements publics, afin d'utiliser le théâtre pour sensibiliser la population aux problèmes liés au VIH/SIDA

 

Étant donné que les 16 langues couvertes par le projet PEPFAR-REPMASCI représentent moins d'un tiers de l'ensemble des langues parlées dans le pays, d'autres travaux sont prévus pour étendre les lexiques à d'autres langues. C'est l'Institut de Linguistique Appliquée de l'Université de Cocody-Abidjan qui sera chargée de l'assistance technique pour la phase suivante des travaux.

Une autre initiative digne d'intérêt est un projet lancé dans le Nord du Cameroun par le Centre Culturel Français de Garoua, en partenariat avec Radio Bénoué (une station de radio gérée par des femmes, avec le soutien de l'UNESCO). Ce projet est partiellement financé par la Merck Company Foundation. Il a pour but d'informer les populations rurales sur le VIH/SIDA en Français et surtout en Fulfuldé, la langue locale la plus usitée dans les trois provinces qui représentent quasiment 40% de la surface du pays. Le Fulfuldé est également parlé dans le Nord du Nigeria, dans le Sud du Tchad et en République Centrafricaine, régions et pays limitrophes du nord Cameroun. Le projet répond à des besoins identifiés grâce à des indicateurs qui montrent de forts risques liés au comportement, un manque évident de connaissances en terme de prévention du VIH et une importante stigmatisation des personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le Nord Cameroun.

Il reste encore un long chemin à parcourir dans la lutte contre le VIH/SIDA par l'intermédiaire des langues locales, mais " la glace est rompue " à de nombreux niveaux, et la répugnance initiale à parler de sexualité a été surmontée. La meilleure stratégie semble être celle d'une approche en douceur basée sur la collaboration consistant à laisser les interlocuteurs d'une langue donnée développer eux-mêmes la terminologie adaptée.

Liste d'acronymes et d'abréviations

SIDA Syndrome d'Immunodéficience Acquise
ANADER Agence Nationale de Développement Rural
VIH Virus de l'Immunodéficience Humaine
MSM Hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (Men who have Sex with Men)
OVC Enfants vulnérables et orphelins (Orphan and Vulnerable Children)
PEFFAR Plan d'Urgence du Président des États-Unis contre le SIDA (President's Emergency Plan for AIDS Relief)
PMTE Prévention de la transmission Mère-enfant
REPMASCI Réseau des Professionnels des Médias des Arts et du Sport
ONUSIDA Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA [Agence]
UNESCO Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture


Bibliographie et sites Internet

Crawhall, N., 1999 : Using a socio-linguistic approach to safe sex promotion in Cape Town: the challenge of multiculturalism, in Becker, C. and Dozon, J.-P. (eds), Experiencing and Understanding AIDS in Africa. Dakar, CODESRA. Document consulté le 07/12/2007 à l'adresse : http://www.codesria.org/Links/Publications/aids/crawhall.pdf

PEPFAR (2005). "Cote d'Ivoire - The language of HIV/AIDS". The President's Emergency Plan for AIDS Relief: March 2005 Newsletter. Washington, D.C. Office of the U.S. Global AIDS Coordinator. Consulté le 07/12/2007 à l'adresse : http://www.pepfar.gov/press/75994.htm

Royes, Heather (1999) A Cultural Approach to HIV/AIDS Prevention and Care. "Jamaica's Experience Country Report" Paris : UNESCO/UNAIDS Research Project Studies and Reports, Special Series, Issue No. 8. Cultural Policies for Development Unit.
UNESCO. Consulté le 07/12/2007 à l'adresse http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001206/120689e.pdf

Shiripinda, Iris. (2003). Young women and sex in Africa in the times of HIV/AIDS. A case of Zimbabwe. Article présenté lors de la 5ème Conférence européenne de la recherche féministe " Genre et pouvoir dans l'Europe d'aujourd'hui " (5th European Feminist Research Conference, Gender and power in the new Europe). 20-24 août 2003, Université de Lund, Suède. Consulté le 07/12/2007 à l'adresse : http://www.iiav.nl/epublications/2003/Gender_and_power/
5thfeminist/paper_791.pdf

SouthAfrica.com (2007). "The Nguni People of South Africa", consulté le 07/12/2007 à l'adresse http://www.southafrica.com/blog/the-nguni-people-of-south-africa

ONUSIDA (2006). Global Summary of the AIDS Epidemic, Décembre 2006. Genève. ONUSIDA.

Communications personnelles

Tableau 2 : Terminologie en anglais, pidgin-english, ibani et igbo.
Dr. Ibiba Chidi, M. Sunday Samson, Mlle Justicia Green et M. Bara Brown du projet Ibani-se VIH/SIDA, ONG basée sur l'île de Bonny au Nigeria. Communication par e-mail du 04/07/2007.

Tableau 3 : Terminologie en anglais et en malinké.

Conversation avec Gérard Diarra (Paris) due 07/12/2007; e-mail de Fana Tangara (Bamako) du 08/12/2007.

Auteur de l'article: Mr Eric Allemano, décembre 2007.
Photos sur la lettre d'information mensuelle HIV@MSD: Donald De Korte & Sophie d'Aurelle de Paladines




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